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13e Festival des films et des arts LGBTQ+ afro Massimadi

Écrit par

Laurent Maurice Lafontant
février 4th, 2021

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Après l’Afrofuturisque qui encourageait les personnes queer afro à se projeter dans l’avenir tout en questionnant les enjeux politiques, migratoires, sociaux et environnementaux de notre temps, cette année, le festival Massimadi se penche sur la thématique de la Résistance.  Il va sans dire que 2020 fut une année bouleversante et pesante sur nos esprits autant en raison des contraintes liées à la pandémie du Covid-19 que pour la question du racisme qui a occupé l’actualité depuis le printemps dernier. 2020 est terminée, mais la nouvelle année nous plonge encore dans l’incertitude. Avec nos quotidiens perturbés et étant isolé.e.s de nos relations familiales et amicales, et confiné.e.s dans notre monde virtuel, il est facile de se décourager et de perdre de vue ses objectifs. Avec cette 13 édition de Massimadi, le festival veut encourager la résistance.

La résistance pour ne pas baisser les bras et garder en vue ce qui compte encore.  Cette thématique se reflète sous différentes manières dans les diverses catégories de la programmation.

L’Afrique en Amour

Cette année, Massimadi présente deux films inédits avec des histoires romantiques qui se déroulent sur le continent africain. Tout d’abord, il y a le long métrage Kapana qui se déroule en Namibie, un pays où les relations homosexuelles sont encore stigmatisées. Malgré le contexte hostile, deux jeunes hommes osent tomber amoureux l’un de l’autre.

Kapana est le premier film namibien à présenter une histoire d’amour entre deux hommes. C’est aussi l’une des rares fictions romantiques sur la thématique LGBTQ produite et réalisée sur le continent africain.

Ensuite, il y a le court métrage Limelight, qui dépeint le début d’une romance entre deux amies dans une République du Congo divisée par des conflits politiques. Les deux jeunes femmes choisissent de transcender les conflits au sein de leur entourage pour permettre à leur relation de fleurir.

Image de « Kapana »

Image de « Limelight »

Rêve de scène

Avec les documentaires Kelet, One Life to Blossom, Keyboard Fantaisies : The Beverly Glenn-Copeland Story et la comédie musical Monsieur, on suit des personnes et personnages dans leur acharnement à surmonter des obstacles pour être là où ils et elles veulent se rendre.

Dans cette poursuite de rêve, on rencontre :

Kelet, jeune somalienne trans, rejetée par sa famille et réfugiée en Finlande, qui rêve de faire la couverture du magazine Vogue.

Blossom C. Brown une artiste et militante noire trans qui surmonte les préjugés raciaux et de genre pour devenir la femme qu’elle sent être à l’intérieur.

Georgie dans Monsieur un jeune français marginalisé par sa couleur de peau et sa grosseur qui rêve de monter sur scène.

Glenn, un homme trans noir, qui entame sa 1re tournée internationale à 74 ans après qu’un collectionneur japonais ait mis la main sur son album autoproduit en 1986

Image de « Kelet »

Image de « Keyboard Fantasies »

La ligne de feu

Les documentaires Your mother’s comfort et Out on the Inside: Transgender Women Share Stories From a California Prison nous plongent dans les combats sociaux et politiques de personnes Trans.

Tout d’abord au Brésil avec Your mother’s comfort. Dans une société de plus en plus inégalitaire et dangereuse pour la communauté LGBTQ avec la montée d’un gouvernement d’extrême droite, l’ardente militante et politicienne trans, Indianara Siqueira, se bat pour sauver la Casa Nem, leur refuge.

Out on the Inside: Transgender Women Share Stories From a California Prison nous fait entrer dans le monde carceral, plus précisement, dans une prison pour hommes de Vacaville, en Californie, où des femmes transsexuelles se battent pour exprimer leur identité dans des circonstances sinistres.

Image de « Your Mother’s Comfort »

Image de « Out On The Inside »

En quête d’ailleurs

Parfois, résister demande de s’éloigner de nos lieux d’origine et de nous aventurer dans l’inconnu. C’est le cas des trois femmes trans (Valentyna, Joanne et Chantal) dans le documentaire The Right Girls. En quête d’acceptation et de bonheur, fuyant l’extorsion, la discrimination et les relations abusives dans leur pays d’origine, elles rejoignent la première caravane des migrants de l’Amérique du sud et centrale en 2018 et font route vers la frontière américaine aux côtés de quelque 7000 personnes.

Les documentaires Libertà et Touching elephant poursuivent avec une thématique similaire et donnent la parole à des personnes LGBT africaines qui doivent s’exiler pour trouver une terre où elles peuvent être qui elles sont. Sauf que même dans les terres d’accueil espérées, leur identité est mise en doute et elles doivent se battre pour être reconnues.

Image de « The Right Girls »

Image de « Touching Elephant »

Nos êtres chers

La résistance se manifeste aussi en contrant les poids des coutumes culturelles et familiales pour sauvegarder les liens avec nos êtres chers. Avec Hakuumaacaato, un père doit remettre en question ses traditions s’il veut bâtir une relation avec son fils gai.

Dans La amante, une mère de famille doit choisir entre son cœur et les attentes familiales que son fils a vis-à-vis d’elle.

Image de « La Amante »

Transmission et savoir

 

Enfin, résister, c’est pouvoir rêver d’un monde libre d’oppression. C’est ce que nous propose l’exposition virtuelle Data Thieves : Ce que nous transmettent nos archives qui présente les oeuvres de Yannis Davy Guibinga et de Syrus Marcus Ware. Cette exposition en co-présentation avec Nigra Iuventa est accessible via le site de Never Apart. Que ce soit Yannis qui redonne une forme de vie aux spiritualités inclusives africaines précoloniales à travers ses photographies de personnes queers et non-binaires, ou Syrus qui imagine nos communautés dans le futur, l’idée de la préservation de la connaissance est très présente et nous dit que la transmission de nos savoirs est vitale pour la résistance.

 

Sous cette même thématique, nous aurons une table ronde Modèle et TRANSmission, savoir et talents des femmes noires trans animé par Alicia kazobinka avec Elle Barbara et Christopher Marlot de la Idiosyncratic Kiki House of Elle Barbara et l’artiste Backxwash.

 

Comédie d’enfer

Pour finir, que serait une résistance sans le rire ? Le festival offre une activité inédite avec une série de sketchs humoristiques présentant Brandon Ash-Mohammed, Clif Knight, Tamara Shevon, Daphney Joseph, Tahnee, Mamari et animée par Naila Rabel alias La grosse qui fait les vidéos.

Pour la programmation complète et pour visionner les films à partir du 12 février jusqu’au 12 mars, visitez notre site internet : www.massimadi.ca.

Depuis 2009, Massimadi présente des films, documentaires et webséries aux thématiques gaies, lesbiennes, bisexuelles et transgenres (LGBTQ+) mettant en vedette les membres des communautés noires. Le festival est aussi une plateforme pour faire connaître les talents locaux et faire rayonner la culture LGBTQ+ afro par le biais de présentations artistiques.

About the author

Laurent Maurice Lafontant est né en Haïti et a immigré au Québec en 2001. En 2008, il obtient son diplôme de l’Université Concordia à Montréal en Beaux-arts après une double majeure en études cinématographiques et études littéraires. Depuis 2008, Laurent s’implique dans la communauté LGBTQ+ en devenant intervenant au Gris-Montréal et bénévole à Arc-en-ciel d’Afrique, un organisme qui œuvrait pour les personnes LGBTQ+ des communautés noires. Il a réalisé deux courts documentaires sur la question de l’homosexualité au sein des communautés noires à Montréal: Être soi-même (2012) et Au delà des images (2014). Laurent est actuellement le président de la Fondation Massimadi, et le coordonnateur de l’évènement Massimadi: festival des films et des arts LGBTQ+ Afro. Laurent est également un écrivain qui a publié son premier roman « La dernière lumière de Terrexil » au printemps 2018.

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