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DEBIT de NAAFI défie les clichés en musique electronique latinx

Écrit par

Leticia Trandafir
février 15th, 2018

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DEBIT alias Delia Beatriz est une force montante de la scène expérimentale, club et électronique mexicaine depuis 2012. Le magazine i-D la considère «un talent impeccable» et ce n’est pas difficile de comprendre pourquoi. Traversant les territoires de musique de club et les genres expérimentaux polymorphes avec sa touche unique, elle est un élément central à la scène électronique diasporique de New York.

Elle est aussi membre de NAAFI, le collectif musical et label latino-américain le plus excitant en ce moment. À chaque tournant, ils et elles secouent les notions d’identité musicale et d’esthétique latinx.

La vision et le son de DEBIT sont à la fois séduisants et en plein visage. “Je crois à un message sonique autonome sans avoir recours à des artifices et des effets évidents.»

L’an passé, elle a participé au Bass Camp de RBMA au festival Bannaroo. Cette année, NVA est ravi de présenter sa première Montréalaise à la Nuit Blanche 2018 en collaboration avec Eastern Bloc pour la soirée Noche en Blanco: Latinx (Re)mix.

Si quelqu’un te demande quel genre de musique tu joues, que réponds-tu?

Je travaille surtout avec deux types de musique, c’est-à-dire la musique dance (et tout ce que ça englobe) et la musique ambient. On pourrait dire que ce sont simplement les deux pôles de la musique électronique. Mon travail dans la musique dance consiste surtout de musique de club et de rythmes latins comme le reggaeton, le baile funk et le tribal plus récemment. Ma musique ambient vient plutôt de ma historique dans l’electronica et le noise.

Quand as-tu réalisé: je suis une artiste?

En grandissant j’ai toujours été très créative et musicale, donc je me suis toujours senti artistique, sans avoir nécessairement consolidé mon message ou mon médium… Je crois que le moment décisif s’est produit en 2008 durant une interruption de mes études universitaires pour me pencher sur l’activisme politique à Chiapas au Mexique. J’ai réalisé que la seule manière de vraiment faire une différence et avoir un impact était à travers un médium culturel, versus quelque chose de politique ou d’académique, etc. Éventuellement je me suis arrêté sur la musique, et je crois qu’en 2015 quand j’étais sur le DMT j’ai vu ma destinée devant moi et elle était entièrement musicale.

J’ai l’impression que les scènes mexicaines de musique dance et expérimentales sont vraiment excitantes en ce moment, et attirent l’attention au delà de leurs villes respectives. Peux tu nous parler de ton implication dans ces scènes?

J’ai re-déménagé au Mexique en 2012 après avec vécu en Amérique Latine pendant quelques années et aux USA quelques années auparavant.

Je faisais beaucoup de musique avec du hardware et du circuit bending avant que mon ex-copain et moi avions commencé notre duo appelé HDXD. On a joué tous les grand festivals, mais on devaient définitivement être présents dans la ville de Mexico pour continuer à jouer. Même si elle avait le festival NRMAL, leurs espaces physiques et d’autres grosses plateformes, la scène était vraiment fragile à ce temps-là à cause de la guerre contre la drogue. Je trouvais ce contexte exigeant et frustrant, mais stimulant et excitant à un niveau très intime. Il me semblait que tous mes amis faisaient leurs projet les plus créatifs en musique et leur meilleures oeuvres. On sentait que c’était une communauté étroitement liée et non-compétitive.

En 2016, j’ai commencé à faire du DJing et à produire en tant qu’artiste solo, et depuis je me suis concentrée là-dessus. Maintenant je retourne au Mexique quelques fois par année.

Parle-nous du collectif NAAFI et de comment tu as commencé à t’impliquer avec eux.

NAAFI est le groupe de producteurs de musique et d’artistes le plus excitant de tout le Mexique, voire de toute l’Amérique Latine—certains de nos membres clé (imbaabs, Tayhanna et Lechuga Zafiro) sont dans d’autres pays. Ils sont aussi mes amis les plus proches et les collègues que j’admire le plus. Ils ont commencé comme des importateurs de certains types de culture de club qui n’avait pas encore assez d’espace physique au Mexique. NAAFI a contribué à la voix de ma génération avec son identité sonique mexicaine et sa contribution à la musique club globale. Et bien sûr ça a trouvé écho parce que c’est cool. Ça a commencé par des amitiés et on s’est vraiment rapproché lorsqu’ils sont venus jouer à NYC, et j’ai éventuellement joint le label.

Pourquoi as-tu choisi de te réinstaller à NYC et comment trouve tu cette relocalisation?

Je suis mexicaine-américaine, donc je m’identifie avec les deux cultures et les deux contextes. J’ai décidé de revenir aux États-Unis parce que je sentais que j’aurais plus d’accès à davantage de ressources. Mon frère et ma soeur vivent à New York, donc quand j’ai eu un boulot quelconque là-bas j’ai décidé que c’était la raison parfaite pour m’engager à ce changement. C’était vraiment difficile au début, et il y avait beaucoup de choses auxquelles je devais m’habituer. Pendant les deux premières années j’ai à peine fait de musique ou d’art, j’étais très frustrée. Après trois ans, je sens que je suis aussi proche que possible d’une pratique stable et soutenable ici, donc la ville me tient à coeur.

Quels sont les aspects les plus excitants de l’actuelle diaspora latinx dans laquelle tu te trouves à New York?

Les ascendientes latinxs dans la scène power electronics sont fascinants ici et apportent un éventail d’expériences et d’esthétiques au-delà des clichés.

Tu es co-animatrice de l’émission Oraculo sur The Lot Radio avec Riobamba de /Discwoman. Que t’offre la plateforme de la radio online par rapport à d’autre type de DJing?

J’adore la radio parce que c’est une manière de mettre la musique en premier plan dans un contexte différent au club. C’est centré sur l’écoute et pas forcément la danse. J’ai vraiment aimé partager l’espace avec une autre DJ complémentaire tout en étant une interface pour les artistes qui passent en ville.

Est-ce que ton art visuel, ton DJing et ta production se recoupent et s’informent mutuellement? Comment?

Le DJing a été un des processus sociologiques les plus révélateurs auxquels j’ai pris part. Je crois que le DJing m’a permis de vraiment définir où je voulais aller en tant que productrice, et aussi de comprendre comment les gens réagissent à différents éléments et sections d’une chanson.

Considères-tu que ton travail est politique, et si oui, comment?

Certains aspects oui. Je crois que ma visibilité et mon succès relatif est significatif d’un point de vue géopolitique, car j’ai eu un accès que d’autres dans mon contexte n’ont pas eu. Il y a aussi eu les choses que j’ai du surmonter pour rester et me faire de la place dans ces contextes très compétitifs.

Parfois je traite de sujets ouvertement politiques dans mon travail, comme dans mon album Animus. Et à d’autres occasions le travail est politique en termes de théorie musicale ou de canon occidentaux. Je dirais que je suis encore à l’état brut et que je suis à la poursuite d’un sentiment plutôt que de la perfection technique.

Qui sont tes trois artistes préféré.es du moment?

Yaeji—J’aime tout à propos d’elle et elle a une énorme influence sur moi même si on n’a rien en commun du côté sonore.

The Prodigy—spécifiquement Liam Howlett, qui est un classique culte parce que sa palette sonore est le paramètre clé du «cool».

Hiedrah—un(e) collectif/soirée/religion en Argentine. Tous leurs disques et leur bootlegs sont des hymnes club garantis les plus sexy.

Tu es aussi une développeuse web, est-ce que tu utilise ce savoir dans ta musique ou ta pratique artistique? Si oui, comment?

Je rêve de développe mon propre plugin VST ou un DAW.

Quel contexte de performance (club, rave, gallerie, théâtre, la rue, etc.) aimerais tu explorer en ce moment et pourquoi?

Les festivals énormes. Je suis prête pour l’expérience du très gros son! Et aussi le studio. Je veux acquérir le plus d’expériences musicales possibles, et m’élargir horizontalement à travers ce médium parce que je veux comprendre l’expérience musicale au plus profond.

Ton Tweet épinglé en ce moment dit: «the harm is harmony [le mal est l’harmonie]» Peux-tu nous en dire plus?

Je suis très intéressée par la dissonance, et à travers ce que je fais j’essaie de recentrer sa signification poétique et certaines de nos idées à son sujet. Si l’on recharge sa valeur émotive, peut-être pourrons-nous libérer son hégémonie et aller au delà de nos limites d’écoute.

Image en tête de l’article par Maria Fernanda Mollins. Toutes les photos sont une gracieuseté de l’artiste.  

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