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Rencontrez Overland, la DJ et productrice faisant des vagues sur la scène techno canadienne

Écrit par

Leticia Trandafir
mai 17th, 2019

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Jodie Cook alias Overland est une des figures montantes de la scène électronique contemporaine au Canada. Avec près de dix ans de DJing à son actif et deux premiers albums couronnés de succès sur des labels comme Naive du Portugal, Overland s’est positionnée à l’avant-plan de la liste des incontournables de la techno. Originaire de l’Alberta et vivant maintenant à Vancouver, elle exprime une facette plus rapide, sombre, grave et acide du paysage sonore de Vancouver, qui est surtout connu pour sa musique house onirique, gracieuseté de Mood Hut, 1080 p, Pacific Rhythm et autres. Plongez dans l’univers de Overland.

Comment vous êtes-vous intéressée à la musique électronique?

J’ai d’abord aimé le post-rock et le rock industriel au milieu des années 2000 ; Do Make Say Think et 65daysofstatic comptaient parmi mes groupes préférés. Je pense que je suis ensuite tombée dans un vortex Internet où j’ai découvert la UK bass avec des labels comme Deep Medi et DMZ. Les percussions et la basse me rappelaient le rock que j’aimais et j’en suis rapidement devenue obsédée. À 21 ans, j’ai entendu de la vraie techno dans un after-hour lors de ma première visite à Détroit et je n’ai jamais décroché : je joue des variantes de techno depuis cette nuit-là.

Le DJing et la production sont-ils toujours allés de pair pour vous, ou est-ce que l’un a suivi l’autre? Comment ce processus d’apprentissage s’est-il déroulé pour vous ?

J’ai acheté mon premier lecteur CDJ quand j’avais 17 ans. Peu de temps après, j’ai acheté mes premières platines. Donc en tout et pour tout, je crois que je suis DJ depuis neuf ans. J’ai toujours su que je voulais faire de la musique à un moment de ma carrière. Quand je vivais à Calgary, je n’ai jamais trouvé l’inspiration pour faire de la musique. J’ai eu l’occasion d’aller au Bass Camp de la Red Bull Music Academy à Montréal en 2017 et on m’a donné les outils dont j’avais besoin pour commencer à produire par moi-même. Je suis partie pour Vancouver le week-end suivant et j’ai vécu dans mon studio pendant un certain temps. C’était en quelque sorte le moment idéal pour déménager dans une nouvelle ville, quelques jours après avoir appris comment me servir d’un Ableton et d’un Roland TB-303. Vous pouvez imaginer combien de temps j’ai passé à faire de la musique dans mon studio. En réalité, le DJing et la production sont deux choses complètement distinctes. Oui, mes neuf années d’expérience de DJing ont influencé ma production, mais l’efficacité de ma production était due au fait de vivre dans un studio après avoir participé à un camp consacré à l’apprentissage de la musique.

Comment vos pairs, alliés et mentors ont-ils fait partie de votre processus d’apprentissage en tant que DJ et productrice ?

Je ne me suis pas sentie acceptée à Calgary. C’était évidemment frustrant d’être une passionnée de techno dans une ville un peu édulcorée. Les gens voulaient entendre du trap ou de la house simple, j’étais donc dernière sur la liste des choix de premières parties pour les DJs vedettes de passage en ville. À mes débuts, j’ai trouvé que les hommes de qui j’avais initialement appris étaient condescendants et d’aucune aide. J’ai tout appris par moi-même dans ma chambre. J’ai mixé des CDs sur mon CDJ 200s, j’ai essayé Serato pendant un moment et mixé des vinyles. En bref, je voulais tout savoir du DJing.

J’ai ensuite passé beaucoup de temps à Edmonton et mon expérience a été vraiment différente, et ce, d’une bonne façon. Les gens y étaient très accueillants et c’est là que j’ai appris beaucoup sur le mixage de vinyles, les différents synthés, les batteries électroniques et sur l’installation sonore de raves. Je suis restée proche de mes amis d’Edmonton même après avoir déménagé à Vancouver et ils ont toujours été là pour répondre à mes questions sur la production ou la musique. Un énorme merci à Eric Fraser, Derek Lee et Bart Petrus. De bons amis à Vancouver m’ont aussi beaucoup aidé — un merci tout spécial à Ryan Eno, D. Tiffany, Ryan Wells et Patrik Cure.

Vous organisez Freak Hour, une série d’événements fantastiques qui se déroulent à Vancouver. Pouvez-vous nous parler du mandat ou de l’idée derrière ces événements?

Je voulais créer ma propre vision de ce qu’est un rave techno dément. Freak Hour est un jeu de mots sur la musique du peak hour, donc de la grosse techno toute la nuit et une foule qui sait généralement ce qui l’attend.

Comment la scène de Vancouver vous a-t-elle façonnée en tant qu’artiste ? Quels en sont les aspects positifs et négatifs?

La scène de Vancouver m’a énormément aidée en tant qu’artiste. Je n’ai pas attendu qu’on m’engage, j’ai simplement trouvé les bons contacts pour pouvoir organiser mes propres événements. Chaque personne fait ses propres trucs et il n’y a pas vraiment d’esprit de compétition. La scène de Vancouver est assez vaste pour qu’on puisse tous coexister sans se marcher sur les pieds. Les aspects négatifs sont les capitalistes cupides qui achètent tous les terrains du Lower Mainland — je pointe Chip Wilson du doigt. En achetant autant de propriétés immobilières, il mène une croisade en solitaire contre la scène DIY. J’espère les capitalistes pourront un jour coexister avec les scènes DIY et réaliseront que les profits peuvent aller de pair avec les intérêts des gens sans qu’il soit nécessaire d’expulser et d’embourgeoiser les espaces qui existent déjà.

Vous avez récemment lancé cette année vos premiers EP 12 pouces intitulés Colossal Book of Mathematics (Helpful Music) et Forever In Transit (Naive). Félicitations! Pouvez-vous nous en dire un peu sur chacun de ces albums et ce qu’ils représentent pour vous?

Merci! C’est assez surréaliste d’avoir pu réaliser deux albums 12 pouces depuis que j’ai commencé à faire de la musique il y a un an et demi. Honnêtement, j’arrive à peine à y croire. Colossal était un monstre, il a fallu beaucoup de temps et beaucoup d’expérimentation pour bien faire les choses. Je me suis servi de mon synthé Roland TB-03 pour créer toutes les lignes d’acid et j’ai utilisé des échantillons de trance psychédélique comme lignes de basse pour toutes les chansons, à l’exception d’Acid Dream. J’ai publié un clip de Colossal Book of Mathematics sur mon flux Instagram et j’ai reçu un message privé de Tom Krell alias How To Dress Well me demandant si j’avais des démos à lui envoyer. Je lui ai envoyé la musique sur laquelle je travaillais, il a vraiment aimé et c’est ainsi que l’album est né.

Forever in Transit est né d’une approche très brute de la musique dance. Je n’avais aucune idée de ce que je faisais en termes de genre et c’est pourquoi chaque chanson est une sorte d’histoire en soi. Je me rappelle avoir envoyé mes démos à Violet par message Facebook sur la page de Naive et avoir reçu très rapidement une réponse de sa part. C’était toute une surprise! Elle a choisi les quatre pistes qu’elle voulait. Je crois que cet album reflète bien comment ma longue expérience de DJ se dégage dans ma production. Je ne compose pas vraiment des chansons avec un format « appel/réponse A/B standard », mais plutôt avec un format « automatisation des sons au fil du temps. »

Vous avez également remixé Tin Man en septembre 2018 pour son album de remix Acid Friend. Comment vous y prenez-vous pour remixer la piste de quelqu’un d’autre, d’un point de vue à la fois créatif et technique?

Je me souviens quand Tin Man a lancé tous ses fichiers Stem; je les ai téléchargés et j’ai tout de suite commencé à créer. Ses stems étaient si faciles à remixer que cela ne n’a pas paru être beaucoup de travail. J’ai fait la première de son spectacle une semaine avant la fin du concours de remix et quand je l’ai rencontré je lui ai donné une clé USB avec cinq nouveaux remix. Je crois qu’il était assez étonné (rires)!

Quels sont la configuration et le flux de votre production musicale actuelle?

À l’heure actuelle, je travaille principalement avec Ableton. J’utilise mon TB-03 pour composer des lignes d’acid et je programme tout le reste sur mon ordinateur. En général, je peux faire une piste en une journée. C’est le mixage qui prend du temps et Ryan Eno est celui qui m’aide à le faire.

Que faites-vous en dehors de la musique (autres passions, emplois et projets) et de quelle manière ces activités nourrissent-elles votre pratique musicale?

Je travaille à plein temps dans un salon de coiffure local. J’adore la coiffure parce que je n’ai pas l’impression d’être au travail, c’est plutôt comme être payée pour être créative. J’ai de la chance. Ça ne nourrit pas forcément ma pratique musicale, mais je coiffe mes amis du milieu de la musique et ça rend mon travail très amusant.

Qui sont les trois artistes auxquels vous vous intéressez en ce moment et pourquoi?

Violet – Elle travaille si dur pour soulever tout le monde autour d’elle. Elle prend des risques pour des personnes qu’elle ne connait pas, comme elle l’a fait dans mon cas. Elle est dévouée, travaillante et possède plein de talents. La liste est encore longue.

DJ Speedsick – Il est une figure culte de l’acid. Il trace son propre chemin dans ce monde saturé qu’est la musique. Définitivement têtu, mais dans le bon sens du terme.

Buttechno – Cet homme est un magicien. Il fait de la techno minimale percutante et étrange que j’aime à fond en ce moment. Je veux dire qu’il fait tous les genres et qu’il les fait de façon si unique. J’aimerais beaucoup le faire venir à Vancouver un de ces jours.

Quelles sont les choses que vous aimeriez accomplir dans votre parcours musical au cours des deux prochaines années?

J’aimerais jouer dans le Midwest. J’accepterais probablement de faire un concert en Russie, beaucoup de gens qui aiment ma musique viennent de là-bas. J’aimerais être un jour à la tête de mon propre label, mais en ce qui concerne les projets et les choses que je peux entreprendre, je ne sais pas trop quand ça arrivera. J’ai parfois l’impression d’être la personne la plus occupée sur la planète.

Photographies par Zigane.

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