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Les nouveaux situationnistes écologistes: sur l’esthétique révolutionnaire de la justice climatique et de la décroissance

Écrit par

Aaron Vansintjan
septembre 22nd, 2018

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« Incroyable, regardez toutes ces couches! » À genoux sur le sol, nous examinions minutieusement des morceaux de charbon, les plaçant dans de petits sacs pour les rapporter et les montrer à nos amis. La voilà donc, la chose qui avait alimenté des nations en énergie pendant près de deux cents ans. Le caillou friable qui a chargé nos téléphones et nos ordinateurs portables. La substance qui aide à soutenir notre système économique et nos vies modernes. Nous n’en avions jamais vu auparavant et étions d’un seul coup redevenus comme des enfants ramassant des coquillages sur le sable.

Nous étions dans la plus grande mine de charbon à ciel ouvert du Royaume-Uni, dans la ville de Merthyr Tydfil au Pays de Galles. Dans le cadre d’une semaine d’actions contre le charbon, près de cent cinquante d’entre nous étions réunis pour occuper une mine afin d’exprimer notre désaccord face à l’exploitation continue des combustibles fossiles. Cette exploitation, on le sait maintenant, est la cause principale du réchauffement de la planète et commence déjà à faire sombrer notre monde dans un chaos climatique. Notre but était d’empêcher le fonctionnement de la mine le temps d’une journée, signalant ainsi notre opposition face à une économie qui dépend tant lourdement des combustibles fossiles.

Malgré le sérieux de notre mission, nous avions du plaisir. On faisait jouer du reggaeton à plein volume sur un petit haut-parleur, avec un bras de tractopelle comme amplificateur. Quelques participants avaient apporté des cubes gris gonflables surdimensionnés qui ont fait office de ballons de volleyball pendant que nous dansions. Lorsque j’ai demandé l’origine de ces cubes, on m’a dit qu’ils représentaient des pavés, une allusion au slogan militant français « Sous les pavés, la plage! » Que cela voulait-il dire?

Retour sur l’année 1968

En une seule année, des manifestations ont éclaté partout à travers le monde, soit en Tchécoslovaquie, au Mexique, au Pakistan, en Pologne, aux États-Unis, en Italie, en Espagne et en France. On aurait cru à une révolution internationale. À Paris, des étudiants et des travailleurs se sont réunis dans les rues pour protester contre le capitalisme, le consumérisme et l’impérialisme américain. Ces manifestations ont entraîné une grève générale de deux semaines, mettant un frein à toute l’économie française et poussant même le président Charles de Gaulle à quitter le pays.

Au dire de tous, l’atmosphère était exaltée. Les gens démantelaient carrément les rues : ils arrachaient les pavés, dressaient des barricades, se rassemblaient en grandes foules—tout semblait possible. Le slogan « Sous les pavés, la plage! » faisait allusion au geste consistant à arracher des pavés afin d’ériger des barrières contre la police. À travers ce geste de protestation, les gens redéfinissaient leur ville et découvraient ce qui pouvait être caché dessous, enfin révélé par cet acte de rébellion.

Ce sens du jeu avait été influencé par un mouvement nommé les « situationnistes ». L’Internationale situationniste était un collectif d’artistes, de penseurs, de poètes et de militants qui écrivaient des tracts discutant de politique, de capitalisme et d’esthétique. Un grand nombre de leurs aphorismes se sont retrouvés sur les murs des rues parisiennes durant le mois de mai 1968, sous la forme de graffitis ou d’affiches :

La politique est dans la rue.
Pas de replâtrage, la structure est pourrie.
L’action ne doit pas être une réaction, mais une création.
L’art est mort, libérons notre vie quotidienne.
La barricade ferme la rue, mais ouvre la voie.
Soyez réalistes, demandez l’impossible.

Les situationnistes étaient renommés pour la création de certains jeux qui aidaient les gens à repenser la place qu’ils occupent dans la société et leur environnement. Par exemple, la dérive est une démarche durant laquelle un petit groupe de personnes se déplacent dans une ville sans but précis, et ce, pendant des heures, se laissant guider par les contours du terrain et le flux de l’espace urbain. Ces jeux servaient d’outils permettant d’explorer la ville et de la reconfigurer. Ce sens du jeu s’intégrait bien dans le tollé de 1968. Les manifestations qui ont éclaté à travers le monde étaient d’une certaine façon des dérives en masse : des individus comprenant ensemble leur capacité à prendre d’assaut les rues et à y errer sans fin.

Les chemins de fer nous ont servi de lits

Aujourd’hui, le sentiment d’éveil global n’est peut-être pas aussi effréné qu’il l’était à cette époque, mais nous faisons tout de même face à des crises beaucoup plus urgentes. Le krach financier de 2008, l’avènement rapide du changement climatique et le racisme extrémiste en réaction à l’immigration et à l’afflux de réfugiés déplacés par différentes guerres reflètent une situation de crise générale qui ébranle aujourd’hui les fondations de décennies de stabilité.

C’est ce sentiment d’urgence qui pousse les gens à occuper des mines de charbon et des oléoducs. Comme les gestes des situationnistes des années soixante, ces actions sont principalement des expériences ludiques et esthétiques.

Depuis 2015, des militants de partout en Europe se réunissent chaque année dans une mine de charbon ligneux dans la région du Rhin en Allemagne. Le message est simple : Ende Gelände signifie « Ici et pas plus loin. » Cette action débute à un large camp organisé en différentes sections qui sont gouvernées de manière démocratique par un conseil de porte-parole. De là, près de trois mille personnes font une marche de protestation jusqu’à la mine à ciel ouvert de Welzow-Süd, où ils campent pendant deux jours.

L’avis unanime est que l’expérience est époustouflante. « Ce n’était pas ma première manifestation de masse, mais celle-ci était spectaculaire, » raconte Sixtine van Outryve, une militante contre les changements climatiques belge qui a occupé la mine en 2016. « Nous avons déjoué la police et avons ensuite croisé plusieurs lignes de chemin de fer, où nous avons établi notre camp. Les chemins de fer nous ont servi de lits. On donnait des cours d’art et de yoga; nous avons bâti de quoi nous abriter de la pluie. Nous avons grimpé sur l’énorme structure qui apporte le charbon du train à l’usine et l’avons conquise. J’ai mangé du charbon, j’ai respiré du charbon et j’ai sué de charbon pendant deux jours. Nous avions l’air différents. C’était évidemment un sentiment étrange. Tout était transformé. Nous avons eu l’impression pendant un bref moment que cet espace était le nôtre et que nous pouvions y vivre. »

Matthias Schmelzer, une universitaire et militante allemande, voit l’occupation de Ende Gelände comme une expérience transformatrice. « L’endroit est si vaste et personnifie la destruction de notre système économique et de notre environnement. Le fait d’entrer dans la mine et de voir ces énormes machines—quelques-unes des plus grandes machines jamais conçues— […] le paysage est extrêmement impressionnant. »

Pour van Outryve, des actions comme Ende Gelände sont souvent ludiques. « Nous gardons toujours le principe de l’alegria militante’ [l’allégresse militante]. Le côté ludique rend l’action viable. Si on rend la chose trop sérieuse, on devient comme les politiciens professionnels. Garder ce côté ludique ‘déprofessionnalise’ le tout et en fait un élément de la vie quotidienne. »

De manière similaire, Schmelzer a pu constaté l’élément de jeu présent dans les actions auxquelles elle a participé. « Les gens apportent des plantes et les plantent dans les mines de charbon. On rit beaucoup, tout le monde s’amuse. » Après une légère pause, Schmelzer ajoute sèchement, « Certains se font frapper par la police et ne s’amusent pas trop. »

Les situationnistes ont conçu les dérives pour s’amuser et mieux comprendre l’espace urbain. Et après tout, les mines de charbon ne font-elles pas partie de l’espace urbain? Le charbon a façonné nos villes et a alimenté l’urbanisation mondiale. Ainsi, la mine de charbon est le lieu privilégié pour une dérive.

Sabotage économique

Bien que de telles actions peuvent être amusantes, leur objectif est pratique : exprimer un désaccord envers le secteur des combustibles fossiles et encourager les leaders à investir dans l’énergie renouvelable. Et pourtant, même si ces actions permettent la fermeture temporaire d’une mine de charbon ou d’une centrale électrique, les organisateurs reconnaissent que le geste est principalement symbolique.

Selj Balamir, un designer et organisateur pour le regroupement Climate Games and Fossil Free Culture Netherlands [Jeux climatiques et culture sans fossile Pays-Bas], a longuement réfléchi au message derrière ces actions. « Nous devons concevoir quelque chose dont on ne peut détourner le regard, créer quelque chose doté d’un impact visuel. Au bout du compte, l’action de masse n’est-elle pas la meilleure forme d’art environnemental? » Balamir décrit une autre action, celle de Code Rood en 2017, qui visait le deuxième plus grand port charbonnier d’Europe situé à Amsterdam. « On y entre avec trois cents personnes et on se croit sur une autre planète. Le pouvoir de ces images est d’attirer l’attention du public pour leur montrer ce qui se passe dans leur ville propre et adaptée aux vélos. Cela crée un impact beaucoup plus important que celui suscité par des chiffres ou des pétitions. »

En agissant ainsi, les organisateurs de ces festivals de désaccord s’inspirent du culture jamming ou sabotage culturel, une démarche militante popularisée dans les années 90. Parfaitement illustrée par le magazine Adbusters, l’idée est de subvertir la publicité, les slogans et les images de la culture de consommation dominante contre cette dernière. Par exemple, des « subverteurs » altèrent des panneaux publicitaires avec leurs propres messages—un message publicitaire qui paraît tout à fait réel, mais qui est représentatif d’une notion beaucoup plus critique. Il peut suffire d’un geste simple comme de changer l’acronyme KFC en FCK [la chaîne de restauration rapide PFK devient l’expression « Putain! »]. Cela donne réellement à réfléchir!

Les subverteurs et les saboteurs culturels s’inspirent également des situationnistes qui utilisaient le terme « détournement » pour décrire la démarche qui consiste à réutiliser des images et des phrases populaires comme outils de propagande allant à l’encontre de la culture dominante. En se servant d’un slogan comme « Nous sommes le risque d’investissement! », Ende Gelände invertit savamment le langage du capital spéculatif.

Ce niveau de performance ne s’applique pas seulement aux médias; on le remarque également aux actions. Angela Drummond, nous raconte sous nom d’emprunt son premier camp climatique en 2008 ayant pour but de fermer la centrale au charbon de Kingsnorth dans le compté du Kent pendant une journée. À cette époque, les services policiers britanniques considéraient les camps de manifestation environnementale comme une menace sérieuse. Drummond s’est crue en pleine zone de guerre, avec des survols d’hélicoptères, des perquisitions nocturnes, des arrestations violentes, des contrôles et des fouilles. Le tout est presque devenu un ballet entre les manifestants et les services policiers : « C’était étrangement performatif. Après tout, les policiers auraient pu entrer s’ils le souhaitaient. » Drummond ajoute que l’impression d’être assiégée a fait de la collaboration avec le camp un geste impératif. « Bien que le camp ait été un lieu épouvantable, il demeure un de mes meilleurs souvenirs, car il a provoqué un sentiment d’action unie et pertinente. »

L’action à laquelle Drummond a participé était, au tout et pour tout, une absurdité. « Mon premier geste de militantisme climatique a été de regarder une courte vidéo promotionnelle. Le message se résumait à ‘La centrale Kingsnorth. Nous la fermerons.’ C’était très excitant. Il régnait un climat de performance et de faux-semblant, personne ne savait réellement comment fermer une centrale. Est ensuite venue l’image du gros bouton rouge que nous devions trouver et sur lequel appuyer. Il y avait le dessin d’un gros bouton rouge dans le manuel avec la légende ‘Voici sur quoi vous devez appuyer.’ C’était ça le plan. Bien évidemment, personne n’est entré dans la centrale et personne n’a trouvé ce fameux bouton rouge. L’action reposait sur une blague. »

Malgré leurs liens étroits, ces guerriers écologistes semblent aller beaucoup plus loin que les saboteurs culturels. Balamir établit une nette distinction entre les deux groupes : « Le sabotage culturel remonte à l’extrême sophistication du marketing durant les années 90. Il a échoué en grande partie, à l’exception de Occupy Wall Street. J’ai compris qu’il faut reconnaître que des tactiques de petite envergure ne réussissent qu’occasionnellement à perturber quoi que ce soit et qu’il faut intensifier nos ambitions. La propagande discrète est une chose, mais nous visons à engendrer une crise politique basée sur le climat. » Il pourrait donc s’agir ici de « sabotage économique ».

«Trolling» de haut niveau

En 1972, André Gorz a employé le mot « décroissance » pour décrire la nécessité d’une réduction matérielle complète de l’exploitation des ressources si nous souhaitons maximiser notre bien-être. Philosophe français éminent des années 60, Gorz a été profondément touché par les événements de 1968, constatant que le désir et l’esthétique aiguillent fréquemment les mouvements sociaux et que l’État et les syndicats hautement bureaucratiques étaient mal équipés pour gérer l’aliénation sociale et l’aggravation des problèmes écologiques de l’époque.

Au début des années 2000, un petit groupe d’intellectuels français comptant parmi eux Serge Latouche ont ressuscité le mot décroissance pour en faire le slogan du mouvement. Depuis, six conférences internationales de décroissance ont accueilli des milliers de participants.

Le mot s’est toujours voulu une provocation, une réponse à la présomption non examinée que la croissance économique est toujours positive et que le développement durable mondial se doit d’être le même partout. Paul Aries a qualifié « décroissance » de mot missile et d’arme politique; Latouche, de défi symbolique, de terme subversif visant à faire réfléchir les gens aux présomptions acquises.

N’étant pas fan de métaphores militaristes, je préfère imaginer la décroissance comme du trolling de haut niveau. Elle a tendance à affoler les commentateurs et les économistes qui passent plus de temps à la réfuter qu’à la comprendre. L’économiste et chroniqueur au New York Times Paul Krugman a consacré deux articles entiers pour tenter de la démentir. Branko Milanović, un économiste en développement, a entamé un débat avec le défenseur de la décroissance Jason Hickel avant de lever les mains et de dire « Je ne crois pas que ce programme soit illogique. Il est tout simplement trop énorme et trop différent de ce qu’on espère mettre en œuvre que j’ai bien peur qu’il frise l’absurde. S’il est mis à l’essai dans le monde réel, plutôt qu’à des conférences ou sur des blogues, le programme de Jason ne recevrait pratiquement aucun soutien. »

Outre les critiques venant de divers économistes, d’autres individus comme l’économiste de la post-croissance Kate Raworth et le blogueur Brian Dean ont soutenu que le choix de vocabulaire est regrettable. À en croire la science cognitive, « décroissance » ne ferait que réactiver la notion de croissance dans l’esprit des gens et les inciterait à s’y accrocher.

Ces critiques sont légitimes, mais perdent de vue l’intention initiale du mot. À la suite de l’article de Brian Dean, le réseau Research & Degrowth (dont je fais partie) a publié sur Twitter que le slogan se veut provocant et ne doit pas être pris au pied de la lettre, qu’un slogan sérieux et subversif est un acte de détournement! Une fois de plus, il semble que les environnementalistes aient hérité des tactiques des situationnistes.

Cette histoire commune s’est matérialisée à Ende Gelände en 2016 et 2017. Près de cinq cents personnes ont participé à des cours d’été sur la décroissance donnés une semaine avant l’occupation de la mine de charbon. Pour Matthias Schmelzer, qui a participé à l’organisation des cours et a écrit un article sur les liens entre la décroissance et les mouvements de justice climatique, les deux sont complémentaires. Il explique que l’échange d’idées a été réciproque. Les partisans de la décroissance ont été inspirés à passer à l’action et ont souligné quelques-uns des problèmes qui font déjà partie du cadre de la justice climatique, mais qui ne sont pas totalement élaborés, comme la façon d’établir une transition équitable dans les pays riches ou structurer une économie [au-delà des combustibles fossiles]. »

Bien que Schmelzer écrive abondamment sur la décroissance, il n’est pas certain de son efficacité. « Pour ceux qui partagent les arguments de fond, la décroissance est le point d’entrée des réflexions sur les options systémiques et ça fonctionne très bien. Pour les autres, je ne suis pas sûr. Il est tellement plus simple de s’opposer à la décroissance, de ne pas prendre part au débat et de la rejeter complètement. »

Schmelzer espère que la décroissance peut au moins susciter un changement d’opinion pour que si un jour des mouvements progressistes sont portés au pouvoir, ils ne soient pas intéressés aux mêmes genres d’industrialisation que leurs prédécesseurs. « Ce qui est bien de l’extrême gauche et de quelques autres positionnements de la gauche, c’est qu’il n’est plus aussi simple d’y promouvoir la croissance. Elle se doit d’être mieux justifiée qu’auparavant. » Un concept missile qui semble avoir atteint sa cible, du moins dans certains cercles.

Le mythe de la rébellion

De plusieurs façons, le mouvement de la justice climatique a mené un combat symbolique. Leurs actions ne sont pas seulement des occupations pratiques de sites d’exploitation destinées à mettre fin au statu quo, mais elles sont également des démarches esthétiques.

Samuel Alexander, professeur à l’Université de Melbourne en Australia, a récemment publié un livre intitulé Empire : Toward an Aesthetics of Degrowth. Dans son essai introductif, il soutient que les expériences esthétiques peuvent convaincre les gens du besoin de transformer notre système économique. Il explique que l’art est susceptible de provoquer un changement social grâce à divers mécanismes de persuasion qui suscitent des répercussions émotives, psychologiques ou même spirituelles chez l’auditoire là où la science, la logique et les arguments ont échoué. L’artiste peut évoquer de nouvelles méthodes de perception en offrant un festin d’expériences sensuelles qui anticipent, souvent de manière explosive, une différente façon de vivre et d’être présent dans le monde.

Pour van Outryve, l’esthétique a joué bel et bien un rôle au sein des mouvements et pour les personnes en marge. « Manifester dans la rue et n’avoir que les revendications est épuisant. On ne bâtit pas une communauté de cette manière. La création d’une esthétique réunit les gens dans un geste plus créatif. Ils sont plus réceptifs aux idées transmises par le biais de l’art. »

Depuis l’arrivée des médias privés, nous sommes devenus une société mondiale obsédée par le spectacle. Alors que les gens deviennent de plus en plus isolés les uns des autres, nous demeurons tout de même bombardés par un barrage incessant d’images impossibles à ignorer. Cette situation place les militants dans une double contrainte : pour unir les gens, ils se doivent de participer au spectacle. Chaque action devient une prestation, une compétition pour de précieux moments de visibilité.

Pour Samuel Alexander, la politique est toujours une forme de narration. « La politique et l’économie sont des outils au service du récit. Le façonnement de ces histoires est un processus esthétique qui consiste à donner forme au contenu de nos vies et nos sociétés, dans la même optique qu’une œuvre d’art collaborative. »

Balamir semble être du même avis : « Nous racontons des histoires. Le pouvoir de ces histoires se trouve dans la façon dont elles façonnent—peut-être trop lentement—ce qui est possible. Nous devons maintenant trouver de nouveaux moyens de saboter et pirater les formations culturelles. L’esthétique et les récits vont de pair. »

Les nouveaux situationnistes écologiques œuvrent à parfaire ces outils, en tentant de cerner l’esprit du présent et illuminer le chemin à suivre. Leurs actions — un spectacle en elles-mêmes — visent à pénétrer dans le spectaculaire de nos vies. Quant à savoir si cela est suffisant, telle est la question. Schmelzer remarque : « Au final, les bonnes idées n’ont jamais rien changé d’elles-mêmes. Pour créer un changement, il faut une lutte entre des intérêts différents et opposés. »

Comment les histoires que nous racontons peuvent-elles façonner la lutte à venir? La provocation de Schmelzer me pousse à m’interroger. Lorsque nous serons à nouveau entraînés dans des manifestations tenues simultanément à travers le monde, quels slogans peinturons-nous sur les murs? Comment ces slogans influenceront-ils de nouvelles visions du futur?

Aaron Vansintjan est co-rédacteur en chef  de Uneven Earth et l’éditeur du livre In defense of degrowth.

Il est sur Twitter @a_vansi et parle de villes, bouffe, politique et science fiction. 

Traduction par Stéphanie Marois.

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