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In Spirit: Inner Journey

Written by

Mariette Raina
October 15th, 2016

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In your first journey to India you don’t understand what is really happening. You take what comes; all is so different from what you know in the west. You do not have the time to think. You go from one discovery to another.

The food, the temples, the rituals, the colours of the saris, the language, the driving in the big cities and the noise of the traffic, the coloured houses in the villages, the smell of urine at the corners of the streets, the cows in the middle of the roads, the kids and beggars at the train stations, and the priest following you insisting on putting red tilac in your forehead. So many gods with stories, so many deities with impossible names to remember, so many festivals throughout the year. You were lucky to have been with a friend who is very knowledgeable about India, who took you to cities and villages to discover important sites of the country.

Le premier voyage en Inde, tu ne comprends pas très bien ce qui se passe. Tu prends ce qui vient, tout est si différent de ce que tu connais dans l’ouest. Tu n’as pas le temps de penser. Tu passes d’une découverte à l’autre.

La nourriture, les temples, les rituels, les couleurs des saris, le langage, la façon de conduire dans les grandes villes avec le bruit et le trafic, les maisons colorées des villages, l’odeur de l’urine aux coins des rues, les vaches au milieu des routes, les enfants et les mendiants à la gare ferroviaire, le prêtre qui te suit avec insistance pour te mettre du tilac rouge sur le front. Tellement de déités avec leurs histoires, tellement de dieux aux noms impossibles à retenir et tellement de festivals tout au long de l’année. Tu fus chanceuse d’y aller avec un ami qui connaissait bien l’Inde, qui t’emmena à travers villes et villages, pour découvrir les sites importants de ce pays.

The second trip, you go back to certain places you had seen the first time. Your perspective is different, because you have since studied about the culture. You have changed, so you rediscover with new eyes; it is “same same but different” as they say in India. This time, you have decided to stay for a longer period. You experience the everyday-India, not like a trip in between two shifts at work, but as a place where you settle and schedule studies.

You start perceiving the complexity of relationships while simultaneously throwing yourself, with all your heart, into its mesmerizing richness. You are so used to living alone, being independent, doing everything by yourself, and suddenly you are projected into a life where everything feels so tiny and connected within a giant web: one move inevitably intertwined with another one. But you dive into this world, you let it consume you, you are so eager to learn and understand. You sleep on the ghats, you spend the nights meditating in front of the cremation pits of Manikarnika—the heart of the city—you put up with your teacher’s fury as much as you drink his teaching. You meet with the mantras and they bring you to tears. One night, on Christmas Eve, you keep dreaming that you are a priest and that you know the mantras from the inside, coming from the understanding of the heart. Many times during this night you wake up, realizing you are chanting “om nama siva”.

This journey is about the intensity of encounters, and you, swallowed up by this world, cooked in its sacrificial fire that eagerly devours your soul and makes old memories come back as if past life were suddenly very present.

Le second voyage, tu retournes dans certains endroits que tu avais vus la première fois. Ta perspective est différente, car entretemps tu as pris le temps d’étudier cette culture. Tu as changé, alors tu redécouvres avec un regard neuf, c’est « same-same but different » comme ils disent ici. Cette fois-ci, tu as décidé de rester pour une plus longue période. Tu fais alors l’expérience de l’Inde de tous les jours, pas comme un voyage entre deux shifts au travail, mais comme un lieu où tu t’installes et mets en place des études.

Tu commences à percevoir la complexité des relations, en même temps que tu te jettes à cœur perdu dans cette richesse enivrante. Tu as tellement l’habitude de vivre seule, d’être indépendante, de tout faire par toi-même, et soudain tu es projetée dans une vie où tout semble si étriqué et connecté dans une grande toile: un mouvement inévitablement en entraîne un autre. Mais tu plonges dans ce monde, tu le laisses te manger, tu as tellement soif d’apprentissage et de compréhension. Tu dors sur les Ghats, tu passes la nuit en méditant devant les feux de crémation de Manikarnika — le cœur de la ville — tu endures la fureur de ton professeur en même temps que tu bois son enseignement. Et tu rencontres les mantras. Ça te fait pleurer. Une nuit, c’était la veille de Noël, tu rêves que tu es un prêtre et que tu connais les mantras de l’intérieur, qui proviennent d’une compréhension du cœur. Plusieurs fois cette nuit-là tu t’éveilles, t’apercevant que tu es en train de réciter la dévotion à Siva « Om Namo Siva ».

Ce voyage est à propos de l’intensité des rencontres, et toi, avalée  par ce monde, cuite dans le feu sacrificiel que dévore avec avidité ton âme et fait remonter à la surface de vieilles mémoires des vies passées, soudainement si présentes.

And there is the third trip, where everything breaks down. The first day you reach Varanasi, you dream about the Ganges, Ganga Ma in the way they call it here.  On the step of the sacred river, its brownish colour suddenly transforms to become transparent and perfectly clear. You dive in. You meet Varanasi, in its secret form, the “real” Varanasi, the city hidden behind the one perceived by the eyes and knows neither space nor time. Many times, your teacher told you about a wonderful woman, Margaret, who was very deep and spiritual. She never travelled, didn’t have many relationships with human beings and her book shelves were lacking books, yet she had visited all the sacred places of India in her meditations. She knew Varanasi very well, or Kashi from its esoteric name. She was the kind of person who lived such an intensity from the inside, a clarity in its simplest and most humble form, such that nothing from the outside was further necessary.

Puis il y a le troisième voyage, celui où tout se rompt. Le premier jour que tu arrives à Bénarès, tu rêves du Gange, Ganga Ma. Sur les marches des Ghats de la rivière sacrée, sa couleur marron se dissipe et devient transparente, parfaitement cristalline. Tu plonges. Tu rencontres Bénarès dans sa forme secrète, le « vrai » Bénarès, la ville cachée derrière celle que les yeux voient et qui ne connaît ni espace ni temps. Plusieurs fois, ton enseignant t’avait parlé de cette femme spéciale, Margaret, très profonde et spirituelle. Elle n’avait jamais voyagé, avait peu de relations avec des êtres humains et sa bibliothèque était pauvre en livres, pourtant, elle avait visité tous les lieux secrets de l’Inde dans ses méditations. Elle connaissait bien Bénarès, ou Kashi de son nom ésotérique. Elle était ce genre de personnes qui vivent une telle intensité de l’intérieur, une clarté dans sa forme la plus simple et humble, que plus rien de l’extérieur n’est nécessaire.

During this trip you realize to what extent the world is the same everywhere, even if the form is different. People talk about how to get more power, more money, a better life, more recognition. The rituals are beautiful from the outside, but only few human beings understand and live them in their everyday life. Abhinavagupta, the great Kashmirian master, took the tradition of the Tantras and re-explained it in the 11th century from the inner perspective: the ritual, if eventually used, should be the exteriorization of a true understanding and not the other way around.

There are as many fantasies about India as seen by westerners as Indians have about the west. Prejudices exists everywhere and no culture is more spiritual than another. Only some human beings are special. The tiny romantic images of India left inside of you fade away during this journey. It is during this third trip that the reality hits you, in this sudden and clear view.

Ce voyage, tu réalises à quel point le monde est pareil partout, même si la forme est différente. Les gens sont concernés par le fait d’avoir plus de pouvoir, plus d’argent, une meilleure vie, plus de reconnaissance. Les rituels sont beaux, mais seule une minorité de personnes en apportent la signification profonde dans leur quotidien et en vivent la résonance au jour le jour. Abhinavagupta, le grand maître cachemirien, reprit la tradition des tantras et la ré-expliqua au 11ème siècle par la perspective interne: le rituel, s’il est utilisé, doit être l’extériorisation d’une profonde compréhension et pas le contraire.

Il existe autant de fantaisies sur l’Inde vue par les Occidentaux que les Indiens en ont sur l’Occident. Les préjugés existent partout et aucune culture n’est plus spirituelle qu’une autre. Seuls certains êtres humains sont spéciaux. Les quelques restes d’images romantiques qui semblaient t’habiter se sont fanés lors de ce voyage. C’est au cours de ce voyage que la réalité te frappe, d’une clarté soudaine et nécessaire.

You spend difficult days, with a huge sensation of emptiness. Even though you met and spent hours with locals, you wore a sari, you sang mantras, you studied the culture, you know more than some Indians know about some aspects of the tradition, and yet, you realize that only emptiness is facing you, because it didn’t bring anything deep. The questions arises, like the only mantra suddenly becoming essential: Where am I going to live? What am I going to do with my life? Should I stop travelling and only study? Is India finished for me? Why am I never satisfied with anything? Why this sensation of emptiness? Why do I have the feeling that I am searching for something but that anything I do leads me to this sensation of emptiness?

This day, he says: “Good, this is the question you should ask. Your entire life is about this question. It is important to not answer. Let it take you and live with it”.

Tu passes des jours difficiles, avec une grande sensation de vide. Même si tu as rencontré et passé des heures avec les locaux, que tu as porté le sari, que tu as chanté les mantras, que tu as étudié la culture, que tu en connais plus sur certains aspects de la tradition que les Indiens eux-mêmes, tu réalises que seul le vide te fait face, parce que rien de tout cela ne t’a apporté quoi que ce soit de profond. Les questions font surface, comme le seul mantra essentiel: où vais-je vivre? Que vais je faire de ma vie? Devrais-je arrêter de voyager en Inde? Est-ce que l’Inde est déjà terminée pour moi? Pourquoi ne suis-je jamais satisfaite avec quoi que ce soit? Pourquoi cette sensation de vide? Pourquoi ai-je le pressentiment que je cherche quelque chose, mais que tout ce que je fais me mène à cette sensation de vide?

Ce jour-là, il te dit : « Bien, c’est là la question que tu dois te poser. Toute ta vie est à propos de cette question. Il est important de ne pas y répondre. Laisse-la te prendre et vis avec ».

The physical journey becomes secondary, when one realizes that the richness is within self-exploration and listening to my own mechanisms. Investigation of myself – my reactions, my defenses, my resistances, my compensations – leads to understanding the world. The intimacy I discover then can never be overtaken by a relationship or an activity. They can happen, but there is no more expectation that they will bring me any happiness and fill the emptiness. The journey is not to change country, relationship or myself, it is to clearly observe who I am. Going back to this intimacy is the key to the only richness that will follow me until the moment of death. The rest appears in this inner intensity and joy free from the link with the object. Spirituality and deepness have never been in anything exterior such as practice, way of dressing, beautiful talks, knowledge or energetic-psychic experiences; rather it is about the perspective of seeing. The real perspective of seeing is simple and bears no commentaries. It is the only way of approaching the world.

“It is therefore but an instinct (…) that made me change my direction. I began to look upon it from up-close.  Not so much as closer to the object, rather closer to myself. To gaze inwardly from within, instead of obsessing to follow the movement of the physical outlook outwardly. Ceasing to beg the sun to bystanders, I suddenly turned over  and I see it anew:  it bursts in my head, in my chest, peacefully, faithfully.  Its joyful flame remained intact: arising from me, its warmth striking against my brow.  Amused, I recognize it immediately, seeking it outwardly though it awaited me within.” (Jacques Lusseyran)

Le voyage physique devient secondaire quand on réalise que la seule richesse est dans l’exploration de soi et l’écoute de ses mécanismes. L’investigation de soi-même – mes réactions, mes défenses, mes résistances, mes compensations – amène à comprendre le monde. L’intimité que je découvre alors ne peut plus être remplacée par une relation ou une activité. Les rencontres et l’action arrivent, mais il n’y a plus l’attente qu’elles vont apporter le bonheur ou combler un manque. Le voyage n’est pas de changer de pays, de relation, ou encore soi-même, mais d’observer qui je suis profondément. Revenir à cette intimité est la clef vers la seule richesse qui va m’accompagner jusque sur mon lit de mort. Le reste apparaît dans cette intensité intérieure, libre de lien avec l’objet. Spiritualité et profondeur n’ont jamais été dans quoi que ce soit d’extérieur tels que la pratique, la manière de s’habiller, les beaux discours, la connaissance ou les expériences énergétiques-psychiques. C’est à propos du regard. Le véritable regard est simple et sans commentaire. Il est la seule manière de véritablement voir le monde.

« C’est alors qu’un instinct (…) m’a fait changer de direction. Je me suis mis à regarder de plus près. Non pas plus près des choses, mais plus près de moi. À regarder de l’intérieur, vers l’intérieur, au lieu de m’obstiner à suivre le mouvement de la vue physique vers le dehors. Cessant de mendier aux passants le soleil, je me retournais d’un coup et je le vis de nouveau: il éclatait dans ma tête, dans ma poitrine, paisible, fidèle. Il avait gardé intacte sa flamme joyeuse: montant de moi, sa chaleur venait battre contre mon front. Je le reconnus soudain amusé, je le cherchais au-dehors quand il m’attendait chez moi. » (Jacques Lusseyran)

Mariette has a master degree in anthropology from the University of Montreal. She teaches yoga enlined with the philosophy of non dual tantric saivaism from Kasmir. She is regularly travelling to India to follow up her research on esoteric traditions from the Tantras.

Mariette est diplômée d’un master en anthropologie de l’Université de Montréal. Elle enseigne le yoga dans la ligne de la philosophie du sivaisme tantric non-duel du Cachemire. Elle voyage régulièrement en Inde pour poursuivre ses recherches sur les traditions ésotériques des Tantra.

yoginibhuh.com

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Comments (1) (Hide)

  1. Beloved! That was and is exactly the way I felt and feel. Although “a philosophical shock by geographical distance” (as a long lost friend of mine once put it) might have been helpful to get things going, the journey will not stay one in space-time. So, although you might never again set foot on Indian soil, you are on your way deeper and deeper into the heart of this continent … God bless you! R.M.

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