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In spirit : Science et Spiritualité

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Lors de mon cursus universitaire anthropologique où je me suis spécialisée sur l’étude des nouvelles religions, le groupe de recherches dont je faisais partie a observé une tendance à stigmatiser la Religion (l’histoire du Québec en est un exemple encore assez vibrant de nos jours), sans pour autant délaisser une forme de croyance. Le terme utilisé n’était donc plus “religion” mais “spiritualité”. La spiritualité porte souvent la même connotation. Elle se réfère à un espace d’expérience intime où le pratiquant possède un contact direct avec le spirituel, qu’il soit nommé Dieu, énergie, runes, Krishna ou autres. Le pratiquant, n’ayant ainsi plus besoin d’une tierce personne pour faire le canal, comme un prêtre, semble retrouver une certaine agentivité et indépendance face à son lien avec le divin. La spiritualité devenue expérience intime a alors pris de nombreuses formes et le syncrétisme est aujourd’hui à l’image de la société occidentale. On mélange les pratiques (yoga et le taï-chi) et les traditions (druidisme et chakras, bouddhisme et tarot), sans parler des associations avec les activités mondaines (yoga et randonnée, yoga avec mon chien, yoga au ski, etc.). Magasinage spirituel où chacun peut faire sa sauce, voici ce que nous offre l’architecture des spiritualités modernes.

L’histoire récente des études religieuses qui ont atteint les cercles universitaires est le signe d’un questionnement des académiciens. Face à une société qui se modernisait et s’atomisait, devenait plus avancée que jamais sur le plan médical et technologique, les sociologues et philosophes prévoyaient la mort de Dieu, la disparition des systèmes de croyances dans notre culture. Pourtant, loin de mourir, ils se sont réinventés. Aujourd’hui, si on regarde le département de religion, on y trouve de tout : “histoire du yoga”, “soufisme, mystique de l’Islam”, “le shivaïsme cachemirien”, “culture matérielle”, “nouvelles religions et spiritualités”, pour n’en citer que quelques cours proposés (Université de Montréal et Concordia).

La réflexion académique, aussi véritable et efficace soit-elle quant aux outils qu’elle propose pour expliquer et analyser, a malheureusement perdue sa perspective globale. Le scientifique et l’académicien d’aujourd’hui ne peuvent plus se permettre de croire ou d’être inspirés, ils doivent se confiner à des analyses s’ancrant dans la matière et l’exercice mental, ce qui ne fut pas toujours le cas. Le système de connaissance intuitive, si reconnu dans les sciences traditionnelles a totalement disparu de l’approche occidentale moderne. En sanskrit, le savoir conceptuel,sarvikalpa, est important, mais c’est la connaissance dite “non-objective”, intuitive, nirvikalpa, qui demeure centrale et conditionnelle à une compréhension profonde. Comme l’écrit René Guénon :

« L’homme moderne, au lieu de chercher à s’élever à la vérité, prétend la faire descendre à son niveau ». (La crise du monde moderne)

Il fut une époque, où, science et spiritualité traitaient des même sujets, la connaissance du monde, qu’elle soit par l’approche de la pratique, de la philosophie, de l’art ou des sciences. Au cours de notre siècle dernier, certaines figures peuvent encore faire écho aux principes traditionnels. René Guénon ou Albert Einstein faisaient partie de ceux-là, ainsi que le professeur Srinivasa Ramanujan dont nous allons parler dans les paragraphes à suivre.

Remanujan était un jeune homme de la caste des brahmans qui vivait très modestement, originaire d’un petit village nommé Kumbakonam situé à environ une centaine de kilomètres au sud de Madras. Il s’initie seule aux mathématiques à partir de livres basiques, alors qu’il est adolescent. Rapidement, il commence à produire de nombreuses formules mathématiques dont certaines sont encore utilisées et étudiées de nos jours. Dans ses débuts, c’est à même le sol du temple de son village qu’il rédigeait son travail, le papier étant trop cher pour sa condition.

À 27 ans, Ramanujan est invité à Cambridge en Angleterre pour rencontrer les plus brillants mathématiciens occidentaux de cette époque. L’un d’eux le prend sous son aile, Godfrey Harold Hardy, fasciné par l’esprit de ce garçon. L’approche du jeune homme est libre, personne ne comprend d’où vient son génie et comment il arrive à créer des formules mathématiques d’une telle brillance sans démonstration. Près de 100 ans plus tard, nous sommes encore en train de corroborer certaines de ses formules restées incomprises. Ramanujan fut un mystique de génie. Plus qu’un mathématicien, il était inspiré, porté par son Dieu. En rêve ou en méditation, Ramanuja raconte comment il était guidé par la déesse de son village, Namagiri, qui “[déposait] les formules sur [sa] langue.

“Une équation n’a pas de signification pour moi, à moins qu’elle n’exprime la pensée de Dieu”.

Les formules de Ramanujan décrivent l’espace divin qui est l’infini, sans forme, sans mot, préexistant avant toute manifestation, contraction de l’univers. C’est le zéro, le Bhraman, l’absolu, que l’on appelle aussi annuttara dans le système cachemirien. Annuttara est marqué du préfixe a- qui est une forme de négation. En d’autres termes, l’absolu ne pouvant être décrit, nommé, puisque le mot lui-même découle de l’absolu, en est une manifestation inférieure, le seul moyen d’en parler est la négation, c’est à dire ce qu’il n’est pas.

Lorsque l’Absolu se manifeste, dans son premier niveau il devient Dieu. La trinité qui suit est le reflet du divin, son énergie, appelée, déesse ou Prakriti. De cette étape, tous les états de manifestation tombent en cascade. Arun J. Manattu décrit l’un des systèmes de base de Ramanujan expliquant l’infini et sa manifestation de la manière suivante :

« (2 ^ n – 1) désignera le DIEU primordial.
Lorsque « n » vaut zéro, l’expression indique ZERO.
Ramanujan a parlé de « ZERO » comme le symbole de l’absolu (le Brahmam de l’école moniste de la philosophie hindou). L’absolu est la réalité à laquelle aucune qualité ne peut être attribuée, dont aucune qualité ne peut existée.
Quand « n » vaut 1, l’expréssion désigne l’UNITÉ, le DIEU Infini.
Lorsque « n » vaut 2,l’expréssion désigne la TRINITÉ.
Quand « n » vaut 3, alors elle signifie SAPTHA RISHIS, et ainsi de suite. »

 

Dieu est partout, l’absolu infuse le monde. Si les académiciens voient dans l’homme le besoin de croire pour expliquer son existence ou pour répondre à une angoisse intérieure, la perspective traditionnelle, elle, perçoit les choses autrement. Elle se place du point de vue de l’Absolu, dans lequel tout est globalité et reflet de sa dynamique de manifestation. La religion n’est plus dogme ou stigmatisation, la science n’est alors plus une affirmation égotique de la connaissance. Les dichotomies laissent place à la réunion des perspectives qui ne font que célébrer l’essentiel, le divin, source de toute manifestation.

Pourquoi donc l’homme a-t-il encore besoin de croire, de s’inventer des système spirituels, aussi bancals puissent-ils être parfois? Parce que, essentiellement, nous cherchons tous la même chose : le retour à cette source, la connexion avec ce qui est notre essence. Rien n’est trop superficiel, ce n’est pas une voie de la logique, ce n’est pas une voie vers l’avant, c’est une voie de retour sur soi, dans lequel il faut laisser les conceptions et accepter que nous parlons de quelque chose d’incompréhensible mais en quoi nous avons la plus grande évidence, pressentiment. Faire confiance à la vie qui se déploie. Exploration de chaque instant.

« Les difficultés dans l’étude de l’infini se posent parce que] nous essayons, avec nos esprits finis, de discuter de l’infini, en lui assignant les propriétés que nous donnons au fini et au limité; mais ceci … est faux, car nous ne pouvons pas parler de quantités infinies comme étant l’une plus grande ou moins grande ou égale à une autre ». (Galilée – Two New Sciences 1638 )

Crédit photo: extrait de la série Microscope par Stef d.

Mariette has a master degree in anthropology from the University of Montreal. She teaches a yoga that echoes the philosophy of non-dual tantric Shaivism from Kasmir. She is regularly travelling to India to follow up her research on esoteric traditions from the Tantras. Mariette is also a visual artist, using photography as field notes and cultural exploration.

Mariette est diplômée d’un master en anthropologie de l’Université de Montréal. Elle enseigne un yoga qui fait écho à la philosophie du Shivaisme tantric non-duel du Cachemire. Elle voyage régulièrement en Inde pour poursuivre ses recherches sur les traditions ésotériques des Tantra. Mariette est aussi artistie visuelle, employant la photographie notamment comme notes de terrain et eploration des cultures.

marietteraina.com

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