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Une conversation avec le défenseur des droits des animaux Leif Cocks

Écrit par

Emma Dora Silverstone-Segal
février 14th, 2018

Tout de suite après avoir réalisé mon entrevue avec Leif Cocks, j’ai dû évacuer ma maison à Miami Beach pour fuir la plus importante tempête jamais observée dans la région de l’Atlantique : l’ouragan Irma. Ça peut sembler une coïncidence, mais à mes yeux, c’était clairement un signe que nous commencions à sentir les effets du réchauffement climatique.

Irma a créé une grande peur chez moi. Ayant grandi dans l’est du Canada, la menace d’un désastre naturel m’a rarement effleuré l’esprit. Toute l’hystérie entourant un ouragan, c’était tout nouveau pour moi. Mais cette hystérie n’est pas là pour rien… On a pu voir que les résultats peuvent être dévastateurs. C’est paniquant et terrifiant de voir qu’une journée ordinaire peut être interrompue par une catastrophe naturelle qui menace de tout détruire et d’avoir à prendre nos bagages et laisser notre vie derrière. Par chance, Miami s’est sortie d’une autre saison d’ouragans plutôt indemne. Malheureusement, ça n’a pas été le cas de certaines villes et îles qui, elles, ont été détruites par les nombreux ouragans dévastateurs ayant pris forme dans l’Atlantique cette année. Une fois la poussière retombée et l’anxiété dissipée, je me suis posé la question suivante : Combien de catastrophes naturelles devront-elles avoir lieu encore avant que les gens se réveillent et réalisent la gravité de la crise environnementale d’aujourd’hui?

Le problème c’est que lorsque nous ne sommes pas directement touchés par les changements climatiques, c’est difficile d’en comprendre toutes les conséquences. Leif Cocks est différent des autres activistes qui militent pour la cause animale que j’ai rencontrés; il est capable de prendre du recul et de regarder les problématiques globales à la source des problèmes touchant son travail pour la sauvegarde des orangs-outans. Il est en mesure de regarder plus loin et de constater que le problème n’est pas simplement de sauver une espèce en voie d’extinction, mais bien de sauver un territoire et les gens qui y habitent.

Il a également le don d’être un conteur d’histoires hors pair. C’est plutôt rare un scientifique qui est capable d’entrer en relation avec les gens. Son livre «Orangutans, My Cousins, My Friends», pour lequel il est en tournée de promotion en Amérique du Nord ce mois-ci, avec des apparitions publiques à Toronto, est l’un des meilleurs livres que j’ai lus cette année. Son auteur réussit à capter immédiatement notre attention avec ses histoires fabuleuses et sa vision du monde qui nous incite à réfléchir. Une fois le livre terminé, nous éprouvons une véritable empathie pour nos amis les animaux et une compréhension complète de ces énormes problèmes environnementaux. Je me suis entretenue avec Leif juste avant qu’il ne s’apprête à retourner au cœur de la jungle.

Emma Dora Segal : Retournez-vous parfois au zoo pour visiter les orangs-outans dont vous avez pris soin si longtemps?

Leif Cocks: Non, c’est un peu difficile comme vous devez vous en douter.

EDS : Avez-vous quitté le zoo en bons termes?

LC : Au départ, ils m’ont offert un congé sans solde. Mon travail de conservation prenait de plus en plus d’importance, et puisque je devais le faire en plus du travail au zoo, j’ai fini par prendre un an de congé. J’ai ensuite pris deux ans de congé et ça devenait un peu ridicule parce qu’ils conservaient toujours mon poste… Mais je ne pouvais pas continuer à faire les deux. Mon travail de conservation était en train de prendre toute la place dans ma vie. J’ai donc démissionné.

EDS : Les orangs-outans avec lesquels vous avez travaillé si étroitement vous manquent-ils et pensez-vous parfois retourner au zoo pour les saluer? D’après ce que vous avez écrit dans votre livre, vous semblez avoir un lien très particulier avec les animaux dont vous avez pris soin.

LC : J’y pense… Mais pourquoi faire ça? Vous y allez et ensuite vous n’y allez plus… Et c’est difficile. Je pense que ce serait encore plus démoralisant que de ne pas y retourner du tout.

EDS : Après avoir lu votre livre, je crois vraiment qu’ils vous reconnaîtraient et se souviendraient de vous. J’ai senti le lien émotionnel profond que vous aviez créé avec eux.

LC : C’est vrai. Je crois que, dans un certain sens, je suis resté dans le monde du zoo plus longtemps que je ne l’aurais dû. J’aurais dû le quitter il y a longtemps pour me consacrer uniquement au monde de la conservation, mais les orangs-outans me retenaient. Le besoin de sauver les orangs-outans dans la nature et l’importance du travail de conservation que je faisais entraient en conflit avec mon désir de rester auprès des orangs-outans du zoo, et ça pesait lourd sur ma conscience. Ce conflit intérieur a duré presque dix ans avant que je prenne une décision.

EDS : Quand avez-vous réalisé que les orangs-outans étaient des êtres dotés de sentiments?

LC : Quand j’ai commencé à travailler dans ce zoo, il n’y avait pas les mesures de sécurité qu’il y a maintenant en matière de santé. J’allais donc simplement dans l’enclos avec les orangs-outans. Quand vous êtes dans un enclos avec un animal tel qu’un orang-outan, et que vous n’avez pas à entrer en interaction avec lui derrière des barreaux ou une cage, vous êtes en mesure d’apprendre à le connaître de façon plus personnelle. Après avoir passé du temps avec eux, communiqué avec eux et travaillé avec eux, c’est devenu évident qu’ils étaient des êtres à part entière et qu’ils souffraient, tout comme les êtres humains. Ils sont exactement comme nous.

EDS : Pourquoi pensez-vous que les gens ont tant de difficulté à réaliser que ces animaux sont assez conscients et intelligents pour mériter les droits de base des humains? Selon vous, quelle est la principale raison de ce déni chez les gens, malgré un nombre grandissant de preuves?

LC : Il y a deux aspects à cette réponse. Premièrement, nous nous sommes développés dans ce que j’appelle une lignée de clan tribal, notre position de repli étant presque toujours axée sur le sens de la tribu; l’impression de faire un tout avec notre clan et que tout le reste nous est étranger. Nous sommes même capables de déprécier des êtres humains qui ne font pas partie de notre tribu, que ce soit pour une question de religion, de pays ou d’ethnie. Malheureusement, notre conscience a certaines restrictions, ce qui s’accorde mal avec le fait que nous vivons dans une société technologiquement très avancée. Deuxièmement, l’empathie intuitive est la clé de la compréhension. Ici, un changement au niveau du cœur est nécessaire. Malgré toutes les connaissances scientifiques et l’intelligence que l’on peut avoir, ce n’est pas ce qui permet d’entrer en relation avec une autre personne ou constater sa peine. Pour ça, le cœur doit entrer en jeu.

EDS : Croyez-vous que les orangs-outans sont plus intuitifs que les humains et qu’ils ont plus de compassion? Dans votre livre, vous racontez une foule d’anecdotes au sujet du sens très développé des sentiments chez ces animaux.

LC : Oui, le problème, c’est que nous avons tendance à mesurer l’intelligence selon nos propres valeurs. Alors, même si certains animaux sont plus intelligents que nous pour certains aspects sociaux ou cognitifs, selon nos critères, il ne s’agit pas d’intelligence. Nous avons une illusion de supériorité. On peut même le constater lorsque l’on compare l’intelligence de différents êtres humains avec des tests de QI, qui sont d’ailleurs biaisés au niveau social et culturel. Je crois que pour certains aspects, les orangs-outans sont plus intelligents que nous. Ils sont entre autres plus nobles que nous, à défaut de trouver meilleur mot. Contrairement aux humains, ils ne semblent pas dotés de la « fonction de tuer ». Nous avons tué plusieurs millions d’orangs-outans, et dans l’histoire, jamais un orang-outan n’a tué un humain, même s’ils sont de sept à dix fois plus forts que nous. On dirait que bien que les humains aient la capacité de tuer d’autres êtres vivants ou d’autres humains sans faire preuve de compassion, il y a chez eux un sens de l’altérité qui semble être absent chez les orangs-outans. Ces derniers peuvent aller jusqu’à s’imposer et faire preuve de violence pour obtenir ce qu’ils veulent, mais ils ne semblent jamais vouloir affronter un autre être, orang-outan ou humain, dans le but de le détruire.

EDS : À votre humble avis, à quel point la situation est-elle grave pour les orangs-outans en ce moment?

LC : Je crois qu’elle est critique. Nous nous battons actuellement pour une dernière chance de sauver des populations viables d’orangs-outans. La question que tout le monde se pose en paniquant, c’est « Est-ce que les orangs-outans seront disparus dans X années? » De façon réaliste, on peut concevoir que, dans 200 ans, il y aura encore des orangs-outans dans un zoo ou quelque part en forêt, peu importe ce que nous faisons. Toutefois, les espèces seront condamnées parce qu’il n’y aura pas assez de diversité génétique au sein de la population pour en assurer la continuité. Notre défi présentement est donc de sauver suffisamment d’habitats pour que les orangs-outans puissent vivre au sein d’une population viable et pour qu’il y ait encore des orangs-outans en vie et en bonne santé dans 200 ou 300 ans. Et c’est là le vrai défi… Nous sommes en quelque sorte en train de nous battre pour sauver ce qu’il reste de la forêt tropicale.

EDS : Que reste-t-il de la forêt tropicale?

LC : On se bat pour les restes. En général, il ne reste que très peu d’étendues sauvages. Dans les prochaines années, nous serons en mesure de constater si nous avons réussi notre mission ou non. Tout deviendra clair sou peu.

EDS : La production d’huile de palme constitue une cause majeure de la destruction de la forêt tropicale; pourquoi les producteurs n’adoptent-ils pas tout simplement des pratiques d’exploitation durable, comme replanter des arbres? Il me semble que c’est dans leur intérêt aussi, d’avoir plus d’arbres à couper et, à terme, d’être en mesure de continuer à produire davantage de leurs produits.

LC : Tout ce que ces producteurs veulent, c’est de tirer le maximum de profits d’un pays du tiers monde. La durée de l’exploitation, son ampleur et les dommages qu’elle cause ne sont pas des préoccupations pour eux.

EDS : Ce que je ne comprends pas, c’est que la destruction de la forêt tropicale n’est pas dans l’intérêt des entreprises, parce qu’au bout du compte, elles ne pourront plus être en affaires si elles n’ont plus la matière première nécessaire faire leurs produits. J’aurais cru que ces producteurs d’huile de palme seraient au moins préoccupés par la longévité de leur entreprise.

LC : Non, parce qu’une plantation d’huile de palme peut être exploitée pendant 50 à 60 ans avant qu’il ne reste pratiquement juste de la terre. C’est suffisamment long pour que ces producteurs vivent leur vie et tirent les profits de ces arbres. Il ne faut jamais oublier l’énorme capacité des humains à supporter la dissonance cognitive; ils ignorent donc simplement les faits qui ne conviennent pas à leurs intérêts personnels. On voit ça chez les climatoseptiques, ceux qui profitent de la destruction de la planète, qui brûlent les combustibles fossiles et, dans ce cas-ci, détruisent la forêt tropicale. En fait, aujourd’hui, environ un tiers du réchauffement climatique est probablement causé par la destruction de la forêt tropicale. Mais ils vont dire que le réchauffement climatique n’est même pas un vrai problème, que c’est une conspiration des écolos, et ils vont tout simplement ignorer les faits.

EDS : Il semble qu’ils choisissent les faits à leur guise.

LC : C’est ce que tout le monde fait, et c’est un phénomène intéressant. Une fois de plus, ça nous ramène à notre évolution, où il est plus important pour nous d’ignorer certains faits et de se mettre d’accord, que d’avoir raison. Ainsi, ces gens se trouvent dans les bureaux des entreprises, tous d’accord sur un ensemble approuvé de faits, afin de ne pas rentrer le soir chez eux et se dire « oh mon dieu, nous sommes des gens horribles, nous sommes en train de détruire la vie des communautés indigènes en Indonésie. » Non, ils vont tout simplement ignorer ces faits et, au sein de leur tribu, tout le monde appuiera cet ensemble de croyances et de valeurs. Et ce n’est pas unique aux gens qui détruisent la planète; c’est dans la nature même de tous les êtres humains. Nous nous retrouvons donc presque, d’une certaine façon, à nous battre contre la nature humaine même.

 

EDS : Si, en fait, nous nous battons contre la nature humaine, comment peut-on amener quelqu’un à réaliser qu’il doit faire ces changements et poser des gestes concrets pour le faire?

LC : Eh bien, c’est une très bonne question. Étant moi-même quelqu’un qui a éloigné les gens de la conservation pendant 20 ans, je peux vous dire que la raison en est que les faits ne permettent pas de changer l’opinion des gens. Les recherches indiquent plutôt que les faits renforcent les gens dans leur position de départ. La façon de faire changer d’idée les gens, c’est en les touchant; on peut ainsi les amener à ne pas rester indifférents. La réponse à votre question, je crois, nous ramène donc à la raison d’être de mon livre : si vous présentez des faits aux gens, ils s’en fichent.

EDS : Sérieusement, votre livre m’a époustouflée; j’étais complètement captivée par toutes les histoires que vous y racontez. Et à ce moment-là, BOOM, je me suis dit ce sont là les faits, ça y est, à partir de maintenant, je suis végétarienne.

LC : Oui, exactement. Aller à la rencontre des gens par son expérience personnelle, et faire en sorte de les toucher. Et c’est le problème de communication que j’ai aussi; comment atteindre les gens pour faire en sorte qu’ils ne restent pas indifférents. C’est ce que j’ai tenté de faire avec mon livre.

EDS : Dans votre livre, vous déboulonnez certains mythes au sujet des zoos. Je me demandais quelle était votre opinion sur la croyance répandue voulant que les zoos soient en fait bénéfiques comme forme moderne d’éducation pour les jeunes générations, afin qu’elles puissent se familiariser avec ces animaux et créer un lien d’empathie avec eux. Quel est votre avis sur ce raisonnement, que les zoos sont en fait des centres d’éducation pour nos enfants?

LC : Je crois que c’est possiblement exagéré, et je vais vous donner deux exemples. Le premier, les jeunes possèdent une tonne de connaissances au sujet des dinosaures. Ils n’ont jamais vu un dinosaure vivant, et pourtant ils s’intéressent énormément à ces animaux. Autre exemple : l’énorme soutien pour la sauvegarde des baleines.

EDS : Je crois que votre premier exemple est très éclairant. Cependant, je ne comprends pas vraiment le second exemple et ne suis pas vraiment d’accord, puisqu’on peut voir des baleines dans les parcs Sea World, qui sont en fait une sorte de zoo.

LC : Oui, mais voyez l’énorme levée de boucliers contre les baleiniers japonais, une question qui est pourtant très éloignée de l’Occident.

EDS : Mais ça implique tout de même des dauphins et d’autres mammifères marins. Le contre-argument ici pourrait être que la seule raison pour laquelle les gens se préoccupent de cette question au départ, c’est à cause du lien d’attachement qui a été formé en rencontrant à un jeune âge ces mammifères marins dans des parcs du genre Sea World.

LC : Je dirais qu’il n’y a pas de réponse simple ici. L’exemple que je vous donnerais serait qu’un bon zoo, qui s’emploie à créer des liens entre les gens et la faune et la flore est certainement possible. Un exemple que je donne souvent, ce sont les girafes. Si elles vivent en troupeau dans un zoo leur offrant des conditions naturelles, et qu’elles ont accès à des soins vétérinaires et de la nourriture de qualité supérieure, et que quelqu’un disait qu’on pourrait les ramener en Afrique, où elles doivent trouver elles-mêmes leur nourriture, poursuivies par les hyènes et autres prédateurs, je dirais que le zoo est un bien meilleur endroit pour elles. Il y a de nombreux animaux qui peuvent avoir une meilleure vie au zoo que dans la nature, si on prend bien soin d’eux.

EDS : Vous êtes donc d’avis qu’il peut être avantageux pour des animaux qui ont un mode de vie plus sédentaire, comparativement aux animaux qui ont besoin de plus d’espace pour chasser et migrer, de vivre dans un zoo?

LC : Oui, exactement. Cependant, les zoos ont encore la mentalité qu’ils doivent offrir une grande variété d’animaux afin d’avoir du succès. Et certains de ces animaux qui, selon eux, sont les attractions principales sont en fait, selon moi, totalement inappropriés pour être gardés en captivité. Les zoos pensent qu’ils doivent garder une grande variété d’animaux, pour qu’il y ait plus de chances que les gens sympathisent avec au moins un animal. Mais il est plus probable que ce lien se créera avec des animaux qui sont parfaitement heureux dans leurs environnements. De cette façon, un lien plus éthique et plus profond sera créé avec les gens. Souvent, par exemple, les gens vont au zoo et rient des orangs-outans. Et la raison en est que si vous sortez un orang-outan de son système social et de son environnement naturel, il devient une horrible caricature du magnifique animal qu’il est vraiment.

Ainsi, les gens voient les orangs-outans comme une blague, un singe stupide et amusant duquel on peut rire, ce qui ne provoque aucune empathie. S’ils voient ces animaux en santé dans la nature, ils peuvent les admirer dans toute leur gloire. En gardant des animaux qui ne conviennent pas et en les présentant pour amuser les gens, je ne crois pas qu’on crée de liens ou de l’empathie. On obtient simplement un amusement grossier, comme les gladiateurs ou les animaux de combat. Mais si les zoos gardent des animaux appropriés heureux et en santé, ces derniers peuvent créer des liens avec les gens. C’est de là que viennent la véritable éducation et l’empathie qui permettront un vrai changement.

EDS : Pour ma dernière question, je voudrais vous laisser carte blanche et vous demandez : si vous pouviez faire prendre conscience d’une seule chose à nos lecteurs, quelle serait-elle? Quel message aimeriez-vous leur laisser?

LC : En Occident, nous avons tous un niveau de vie élevé, parce que le coût véritable de la production des biens et services que nous consommons est transmis à ceux qui n’ont aucun pouvoir, des êtres comme les orangs-outans, les communautés indigènes, les communautés du tiers monde et les générations futures. Nous avons donc l’obligation morale d’utiliser une partie de nos privilèges pour créer des changements importants dans le monde, pour faire en sorte de ne pas profiter de l’exploitation d’autres êtres humains et d’êtres sans défense, comme les orangs-outans et d’autres espèces animales ou végétales, qui hériteront d’une planète moins productive à cause de notre surconsommation.

Photo en tête de l’article par  Orangutan Foundation. Toutes les autres photos sont une gracieuseté de The Orangutan Project

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