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Témoignage d’une femme noire dans la scène créative de Montréal

Écrit par

Aïsha Cariotte Vertus
juillet 10th, 2020

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Mise en garde quant au contenu : ce témoignage comporte des références détaillées de misogynoir, une forme de misogynie à l’égard des femmes noires où la race et le genre jouent tous deux un rôle dans les préjugés. Cette publication aborde le harcèlement en milieu de travail et les pensées suicidaires. Elle obligera le lecteur à faire certaines recherches sur Google car notre travail n’est pas de fournir des définitions de théories qui ont été étudiées et vécues depuis plus de 400 ans.

Cela fait des années que je souhaite raconter mon histoire. Tout au long de mon processus de guérison, j’ai eu du mal à rassembler le courage nécessaire pour écrire ces lignes.

Les rares fois où j’ai partagé mes expériences avec des amis, elles ont été réduites aux conséquences de la réalité inévitable à laquelle est confronté tout « jeune créatif », comme les mesures nécessaires que doit prendre toute personne sérieuse au sujet de sa carrière. Je qualifie ces situations de violentes et alimentées par la misogynoir. Au cours des dix dernières années, j’ai souffert dans un silence retentissant au milieu de Montréal, le soi-disant gentil pôle culturel canadien francophone où je suis née et où j’ai grandi. Grandir ici, me déplacer en transport en commun dès l’âge de 10 ans pour aller à l’école et suivre des cours de danse a façonné la fille de ville que je suis aujourd’hui. J’ai développé un sentiment d’attachement très particulier à l’égard de Montréal : elle est ma drôle de mère mixte. Je souhaitais m’impliquer dans la facette multiculturelle de la ville et dans sa beauté. Être francophone, canadienne et noire est une expérience tout à fait unique.

En complément de ce témoignage, je tiens à partager le fait que mes deux parents sont des militants qui travaillent sur des questions sociales et politiques au Québec depuis les années 80. Ils m’ont donné une bonne éducation sur mon histoire et mon identité, ainsi que les outils et la capacité nécessaires à me défendre. J’ai commencé à comprendre que j’étais un cas rare de personne noire qui avait ce genre de modèles chez elle. Je pouvais pleinement revendiquer ce pouvoir et j’ai travaillé aussi dur que possible pour donner du pouvoir aux autres personnes travaillant à mes côtés dans le secteur culturel. Les Noir·es ont créé une incroyable richesse culturelle en dépit des atrocités que des générations entières ont subies et, pourtant, les personnes de race blanche n’ont cessé d’en tirer profit. Par exemple, un bon nombre de genres musicaux tels le blues, le jazz, le hip-hop et la techno ont été créés par des Noir·es comme témoignages de leur réalité et de leurs expériences. Cette réalité historique a été effacée au nom du capitalisme. Ne pas l’admettre relève à la fois du privilège et de l’ignorance.

J’ai récemment assisté à un événement organisé par un organe de presse national avec qui j’avais collaboré quelques semaines auparavant. Un autre invité, un journaliste, a déclaré que je voyais des complots partout pour avoir parlé de racisme systémique, avant de me sortir la réplique classique : « Nous ne sommes pas aux États-Unis. » Ce type de personnes ne veut pas admettre que le racisme systémique existe et est présent au Québec, car il semble croire que les personnes racisées cherchent à recréer cette même dynamique raciale, ce qui est complètement absurde lors qu’en fait, nous ne recherchons que l’égalité politique, économique, personnelle et sociale. Le manque d’empathie à notre égard ouvre la voie au racisme. Si ces gens ne peuvent pas faire preuve d’empathie, comment peuvent-ils comprendre qu’ils doivent travailler à se défaire de notions qui leur ont été enseignées pendant plus de 400 ans ?

L’ascension

Après avoir terminé le cégep, j’ai eu la chance d’obtenir un premier emploi en tant que réceptionniste dans un des studios d’enregistrement les plus prestigieux au Canada. Malgré un bon début, mes conditions de travail sont rapidement devenues humiliantes, dégradantes et épuisantes. En septembre 2013, après exactement un an de travail, j’ai été renvoyée pour ce que le directeur du studio a qualifié d’un « manque de motivation ». Je travaillais plus longtemps que mon 9 à 5 imposé, arrivant toujours la première vers 7 h 30, cuisinant et servant de la nourriture à des clients sans jamais manger ou prendre de pause parce que « les clients et l’équipe avaient besoin du meilleur service possible ». J’étais à la fois serveuse, cuisinière et coursier pour 12 $ l’heure sur un horaire à temps plein.

À l’époque, il m’arrivait rarement de voir une femme noire travaillant dans le milieu créatif local. Tant d’entre nous ont grandi avec le refrain de parents noirs qui nous disent « de travailler plus fort que les Blancs » parce que nous n’avons jamais eu les mêmes privilèges. Il m’était déjà difficile d’accepter que je méritais d’être vue et entendue et, pourtant, je « manquais de motivation ». J’avais accepté cet emploi parce qu’à l’époque, je croyais que c’était la seule façon de gravir les échelons. Au lieu de cela, chaque jour était une humiliation. J’ai dû faire des rires forcés face à des remarques racistes de la part d’ingénieurs de son, de directeurs de studio, d’actionnaires de l’entreprise et des clients qui provenaient des agences de pub branchées de la ville. Certains de ces directeurs d’agence ne me regardaient même pas dans les yeux quand ils avaient besoin d’une friandise. « Est-ce que je peux avoir mon café avec deux doses d’espresso et du lait d’amande biologique local ? », qu’ils disaient. Pour faire le parallèle avec ce que Robin DiAngelo, sociologue et autrice du livre White Fragility explique, certains étaient végétariens et concrétisaient la misogynoir sans jamais remettre en cause leur comportement. Du coup, je ne manquais pas de motivation, moi qui devais m’occuper de quatre studios avec six personnes par session, subissant chaque jour la pression des échéances tout en servant des lattes frais à la demande. Je n’étais tout simplement pas assez.

Bien que j’étais qualifiée et que j’avais de l’expérience en tant qu’A&R et productrice exécutive – j’ai lancé un mixtape, PIU PIU beat tape vol. 1 vol. (2012), vol. 2 (2012) et vol 3 (2013), ainsi que PIU PIU, a film about Montreal beat scene (2013), un documentaire auto-produit mettant en vedette quelques-uns des talents les plus prometteurs de Montréal – à leurs yeux, je n’avais rien à offrir. Les idées que je suggérais n’étaient jamais prises en compte ou étaient tournées à la blague par les gérants et les actionnaires. Par exemple, j’avais suggéré une collaboration avec un producteur local qui, par la suite, a été assez vite élevé au rang de légende. Et ils l’ont ignoré. Aux yeux du directeur de studio, je n’étais bonne qu’à travailler comme domestique dans le studio d’enregistrement. Soit dit en passant, il détestait l’album Voodoo de D’Angelo, ce qui pour moi indiquait qu’il n’avait pas d’âme. Comment un ingénieur du son peut-il dire un truc pareil ?

Le racisme « banal » est omniprésent en milieu de travail et dans d’autres espaces communs, mais certaines situations ont fait plus mal que d’autres. Une fois, il y avait une banane trop mûre sur une table. Le directeur du studio et un collègue m’ont demandé de leur préparer un pain aux bananes ; une autre tâche parascolaire peu appréciée que j’ai entreprise. Une autre fois, quelqu’un m’a dit en parlant de quelqu’un : « C’est ça le genre de queue qui te plaît ? Je ne pensais pas, le copain avec qui tu vis est blanc, non ? » Aujourd’hui, je saurais quoi répondre à cette sorte d’agression verbale ; à l’époque, je ne savais pas comment déposer une plainte contre des propos racistes et sexistes. Je sais maintenant comprendre et évaluer à quel point cette interaction a été violente.

Après six mois, il n’y avait rien de nouveau hormis davantage de frustrations et de déclencheurs. Ils ont engagé une nouvelle employée, quelqu’un avec qui j’étais amie sur Facebook, pour m’aider à nourrir les cadres publicitaires, les talents vocaux et les clients. Il ne lui a fallu que deux mois pour être promue à un poste de production. Elle travaille maintenant comme réalisatrice. Elle n’a jamais étudié le cinéma et n’avait jamais travaillé dans le domaine avant. D’ailleurs, l’ironie est de voir cette même personne minimiser mon expérience du racisme sur les médias sociaux tout en s’excusant de son ignorance par une lourde culpabilité blanche. La dynamique entre les femmes noires et les femmes blanches dans n’importe quel milieu de travail est toujours frustrante, car la plupart des femmes blanches se plient au féminisme blanc, défini par le fait d’avoir des préjugés raciaux envers les femmes de couleur et de ne pas le reconnaître pour protéger le sacro-saint « féminisme ». Certaines des dynamiques entre les femmes noires et les femmes blanches sur le lieu de travail sont souvent déclenchées par le patriarcat qui veut que l’oppresseur blanc fasse jouer son privilège et entraîne la concurrence entre les femmes. Même si plusieurs femmes blanches qui travaillent dans des domaines créatifs s’entendent pour dire que le sexisme est « plus présent que le racisme », j’existe. Les femmes noires existent, cette merde existe. Je n’ai toujours pas pleuré à ce sujet. Je n’ai pas encore vu de thérapeute pour tout démêler non plus, mais ma rage continue de croître. Tout comme ma volonté à protéger mes frères et sœurs noir·e·s et racisé·e·s.

Au final, ce fut un soulagement de me faire renvoyer après une année aussi stressante. Pendant cette période de ma vie, mon estime de moi était en chute libre. J’avais même arrêté de travailler sur mes projets personnels. C’est la raison pour laquelle il n’existe pas de suite au documentaire que j’avais sorti l’année précédente. Une fois que c’était fini, je me suis levée et j’ai pu enfin créer quelque chose pour moi. Dans le studio d’enregistrement, j’avais souvent dû choisir entre ne pas m’exprimer, m’assimiler à la suprématie blanche et espérer que je serais promue. Maintenant, je revendique fièrement le fait que je suis une descendante de Dessalines, que mes ancêtres ont combattu les colonisateurs, que mes grands-parents ont résisté à la dictature de Duvalier et que j’allais honorer leur héritage en disant ma vérité. Même si cela signifiait être cataloguée comme « difficile », « en colère » ou « peu fiable », je suis prête à payer le prix pour honorer ceux qui m’ont précédée et qui ont revendiqué l’égalité.

La vérité choque

Ils m’ont accueillie à bras ouverts. C’était une ruse, tout comme le précieux titre qu’ils avaient donné : l’A&R (abréviation d’Artists and Repertoire). À les croire, c’était une chance pour moi d’étoffer mon c.v., bien que, je le répète, je servais de la nourriture, je faisais du café et je remplissais d’autres tâches subalternes afin d’avoir un salaire. J’ai quand même continué de le faire pendant un certain temps pour payer un loyer et parce que j’avais intériorisé l’idée capitaliste de devoir gravir les échelons professionnels et sociaux, mais je me sentais tiraillée. J’étais consciente qu’ils m’exploitaient en employant une A&R sans la payer en conséquence. Je leur fournissais des connexions précieuses avec leurs artistes par le biais de mon réseau international de producteurs de musique, sans jamais recevoir aucune compensation ou reconnaissance pour mon travail. Cette structure d’exploitation m’a valu une fois de plus l’étiquette de « peu fiable ». C’est ainsi que de nombreuses entreprises fonctionnent et accroissent leur valeur, sans rémunérer et récompenser correctement leurs employés.

Bien qu’il y avait un problème structurel dans la façon dont le travail et les promotions fonctionnaient, il y avait aussi de nombreux exemples de racisme flagrant, exprimé ouvertement et sans remords. Nous avions travaillé sur un nouveau lancement, une chanson citant « N**** » dans le titre. Naturellement, comme la chanson avait été écrite et était interprétée par une personne noire, c’était sa décision de l’utiliser. Mes collègues blancs ont immédiatement vu un passe-droit pour prononcer le « mot N » à plusieurs reprises, bruyamment et avec joie. J’ai essayé d’aborder le problème avec eux, mais ma remarque a été rapidement rejetée et on m’a traitée de « difficile et d’agressive. » À un autre moment, deux artistes, une chanteuse et un rappeur, ont collaboré sur une chanson et un clip a été filmé. Le scénario les dépeignait comme un couple mal agencé, renforçant les stéréotypes associés aux hommes noirs, car il jouait le rôle d’un criminel et était arrêté pour des raisons inconnues. C’était la démarche de la production pour commercialiser le chanteur auprès d’une population « plus urbaine » et faire vivre au rappeur son moment pop. La chanteuse s’est prononcée sur ce clip problématique quatre ans après sa parution. Dans ce cas et dans bien d’autres, il a fallu la mort de George Floyd pour que de nombreux créatifs blancs se réveillent. Mieux vaut tard que jamais, je suppose.

Quelques semaines plus tard, j’ai quitté mon poste de A&R (qui était vraiment un poste de réceptionniste) parce que mon salaire était très en retard et que mon patron avait commencé à m’intimider et à faire pression sur moi dès que j’avais mentionné mon intention de poursuivre mes études. Je ne m’en souciais plus. Ce printemps-là, Rihanna venait tout juste de lancer Bitch Better Have my Money; je suis entrée dans le bureau en criant les paroles de la chanson pour lui faire comprendre qu’il devait signer mon dernier chèque. Compte tenu de la dynamique au bureau, je me suis dit que c’était le seul moyen de faire passer mon message.

Pas de répit

J’avais encore une flamme qui brûlait en moi, mais j’en avais fini avec toutes les agressions que je subissais au travail. Je faisais savoir à tout le monde que je n’étais pas la personne à embêter. En 2016, je suis revenue de ma première tournée européenne en tant que DJ et j’ai commencé à travailler comme programmatrice de musique pour une salle locale. C’était une bénédiction de me trouver dans un environnement qui me convenait. Plusieurs excellentes opportunités de travail se sont présentées par la suite.

Ensuite, j’ai eu deux emplois à temps partiel, l’un dans un magasin de disques et l’autre pour un organe de presse internationale. J’ai été la première femme noire à être embauchée dans ce magasin, qui est considéré comme une véritable institution à Montréal. Une de mes collègues, une femme, avait déjà eu du mal à se faire une place malgré le fait qu’elle était l’une des plus brillantes sélectionneuses et artistes en ville. Les personnes avec lesquelles je travaillais étaient extrêmement sympathiques et me faisaient me sentir acceptée, mais la partie difficile était la dynamique entre les clients et moi. On me demandait constamment où se trouvait la section hip-hop. Les clients voyaient que j’étais disponible pour les aider, mais ils préféraient attendre un Blanc – et lui demander si leur édition limitée de disque classic-rock était arrivée. J’aimais leur prouver qu’ils avaient tort avec la musique que je jouais. Les clients l’adoraient, et je me réjouissais de voir la surprise sur leur visage lorsqu’ils apprenaient que c’était ma sélection.

L’entreprise médiatique n’a fait qu’empirer les choses. Ils ne voulaient pas que je publie les endroits où je travaillais sur Linkedin. Selon eux, je n’étais même pas une vraie employée. Ils m’ont fourni une explication légitime, alors que j’avais un emploi. Je suis tombée sur nos statistiques sur la diversité au niveau mondial et j’ai remarqué que je comptais pour le 1 % de femmes noires travaillant comme animatrice vidéo. J’ai eu l’impression de devoir me battre pour ma place, pour que nos voix soient entendues tout en devant constamment me justifier au travail. Encore une fois, je n’étais pas assez, même si je suis à l’origine de quelques séries que vous regardez probablement. Après chaque réunion, je sortais bouleversée par la façon dont on me parlait ou par le fait que personne n’écoutait mes initiatives et mes idées. Une fois de plus, on m’a décrite comme « difficile » parce que ma charge de travail était trop importante pour gérer un département entier et que le manque de communication rendait la chose impossible. En travaillant pour eux d’une ville à l’autre, la situation a empiré. Il y a eu une accumulation sans fin de responsabilités et de pressions professionnelles alors que la direction se la coulait douce.

Pour un projet en particulier, nous devions mettre sur pied un festival de musique à Montréal. Le népotisme constant nous a obligés à travailler avec des personnes qui n’avaient pas une bonne éthique professionnelle à cause des relations personnelles que les cadres avaient avec eux. J’ai dû collaborer avec des propriétaires de salles qui ont discrédité ma fonction de programmatrice musicale. Ces mêmes personnes avaient à leur actif de nombreuses plaintes publiques pour avoir refusé des Noir·es dans leurs établissements où ils jouaient du hip-hop tous les soirs. Lorsque j’ai évoqué ces problèmes avec un responsable, on ne m’a pas prise au sérieux. J’ai donné mon cœur, mon âme, mon temps, mon énergie pour un travail mal payé, mais je n’ai même pas pu trouver un allié parmi les personnes responsables.

Et puis maintenant ?

J’ai fêté mes 25 ans. J’ai commencé à réfléchir à I’approche de ma trentaine. Il y avait toujours cette pression pour bâtir une meilleure carrière. Je gagnais ma vie comme DJ et quand je le mentionnais, les gens n’arrivaient pas à y croire. On me disait que j’étais trop mignonne pour être DJ, que j’aurais dû être chanteuse avec une allure pareille. Cela semblait réducteur. Les attentes sont claires pour une jeune femme noire, et être DJ ne correspondait pas à leurs idées préconçues.

En 2017, je me suis épuisée et je me suis enfuie en réaction à la violence que j’avais endurée au travail. Je me remettais encore des incidents qui s’étaient produits au cours des années précédentes. La pression que les autres et moi-même m’imposions était telle que je pensais au suicide. Je sentais qu’on me rappelait constamment que je ne suffirais jamais, que personne ne connaîtrait l’avancement social que je souhaitais pour le domaine culturel de Montréal. La vue d’un visage familier, ou même celle du boulevard Saint-Laurent me bouleversait. J’ai finalement quitté la ville pour me remettre sur pied.

Je partage mon histoire pour la première fois. Seule ma mère la connait, pas même mes amis proches. Elle est psychologue et c’est grâce à son aide que j’ai pu comprendre et surmonter cet état d’esprit sombre.

J’ai consacré ces dernières années à lire tous les livres dont mes parents m’ont parlé quand j’étais plus jeune et à apprendre d’autres écrivains, universitaires, militants à être aussi intelligente et informée que possible — même si cela implique de risquer ma carrière pour avoir exposé le racisme systémique et les préjugés raciaux dans le milieu culturel de Montréal. Depuis 7 ans, je voyage à la recherche d’informations. J’ai été témoin des affirmations d’autres communautés créatives racisées et je souhaite appliquer ces principes révolutionnaires. J’ai vécu à Bruxelles pendant 3 ans, mais je suis rentrée à cause du racisme. Ce racisme m’empêchait de faire ce que je fais pour vivre, c’est-à-dire être DJ et, après tout, j’étais partie en Europe pour être la DJ que je ne pouvais pas être à Montréal. Un ami militant queer noir qui vit à Amsterdam m’a convaincue de revenir vivre dans ma ville et de me produire dans un endroit où je savais à qui et à quoi j’avais affaire.

Il y a dix ans, je n’avais pas le vocabulaire nécessaire pour me prononcer contre la dynamique raciale des milieux de travail culturels et reconnaître la dynamique de la misogynoir parce que la plupart du temps, mes employeurs me disaient que c’était dans ma tête.

À travers tout cela, je tente d’exprimer comment, en travaillant dans l’industrie, j’ai souffert de microaggressions, de racisme ordinaire et flagrant et des problèmes systémiques. Je tiens toujours debout et je me bats toujours pour mes frères et sœurs noir·e·s et racisé·e·s, en partie parce que les dommages psychologiques causés par le racisme au travail font qu’il est difficile d’aller de l’avant. Ils nous ralentissent au niveau personnel, financier et psychologique en renforçant le mensonge selon lequel nous ne sommes pas à la hauteur, et au niveau institutionnel, en nous refusant le crédit et l’avancement là où il est dû. Le système fait en sorte que nos compétences sont ignorées et que notre passion pour la culture reste inaccessible et que nous sommes obligés de faire un travail que nous ne voulons pas faire. Le domaine, tout comme d’autres, tire profit de la culture noire.

Et pour ce qui est de ma réputation de femme noire en colère et bruyante, difficile et peu fiable, et bien, allez-y. J’exprime enfin ma vérité.

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Édité par Christelle Saint-Julien

Traduit par Stéphanie Marois

Crédit photo: Yanko Peyankov via Wiki Commons

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