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Lorsqu’il s’agit de race et de féminisme, pourquoi l’organe médiatique québécois n’est-il jamais à la hauteur?

Écrit par

Aïsha Cariotte Vertus
janvier 6th, 2021

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TRAUMAVERTISSEMENT : racisme, colorisme, violence sexuelle, gaslighting (destruction psychologique), sexisme

Nous avons tous beaucoup appris sur nous-mêmes cette année. Nous n’avions pas d’autre choix que de nous asseoir devant un miroir, de nous regarder de près et de commencer une routine de guérison. L’auto-soin n’est pas toujours mignon et amusant — on ne le trouve pas toujours au fond d’une bouteille de vin orange biologique chère ou lors d’une journée détente au spa Bota Bota. L’autosoin est l’observation de soi afin de surmonter ses propres traumas et de se défaire de ses préjugés. Enfin, vous y étiez, je n’ai besoin de vous expliquer pourquoi 2020 a été une année de merde.

En tant que personne noire, je considère que le 25 mai a été notre « avant/après Jésus-Christ », bien plus que l’épidémie de COVID-19 et que le premier confinement n’ont pu l’être. J’ai d’ailleurs lu que de nombreuses personnes d’origine africaine du monde entier exprimaient ce même sentiment. George Floyd a été un martyr pour prouver que nous vivons avec le racisme systémique. Et le monde s’étant arrêté, la plupart des Blancs ont dû reconnaître les 400 dernières années. Au même titre que Jésus, George Floyd a été le visage de cette prise de conscience et, plus particulièrement, de la culpabilité qui l’accompagne. Je suis généralement la seule personne noire de mon domaine à être présente dans une pièce. Je suis devenue un baromètre de culpabilité pour la plupart des Blancs que je connais. Ils me posaient TOUS des questions auxquelles qu’ils auraient pu trouver réponse sur Google ou dans un livre. Le travail émotionnel provoqué par ceux qui me demandaient, ou qui demandaient à n’importe quel Noir, s’ils avaient fait quelque chose de mal à d’autres PANDC était tout simplement au-dessus de mes forces. Au point où j’ai commencé à avoir des douleurs dorsales chroniques. Le poids à porter était trop intense, mais j’acceptais leur douleur comme la mienne. Je n’ai jamais eu de tels maux de toute ma vie, mais on peut attribuer la faute au poids de 2020 sur nos épaules. Je blâme le poids de la culpabilité blanche sur les épaules des PANDC. Comme si les Blancs avaient soudainement reconnu et fait la paix avec le statu quo actuel en nous disant « Dites-moi quel livre lire, quel film voir. » et le classique « Je ne savais pas tout cela avant, je suis désolé. » Je ne parlerai pas au nom de tous les Noirs parce que nous avons tous nos façons de faire, mais je ne considère pas que ces phrases soient productives. Comme si l’univers tout entier entier faisait un temps d’arrêt pour les Blancs et que, au moment où ils se décidaient enfin à reconnaître et à constater que nous n’avons pas les mêmes opportunités, nous devions caresser leurs cheveux soyeux et leur dire « nous sommes désolés que vous ne l’ayez pas su, aidez-nous à vous aider. » Nous qui n’avons même pas de richesse générationnelle.

Le mois de juin a été consacré au travail émotionnel, et les mois qui ont suivi également. Nous sommes un groupe d’amies très diversifié, des Africaines du Nord, des Blanches, des Africaines de l’Est et des Africaines de l’Ouest. Mes amies qui peuvent passer pour des blanches sont des agentes secrètes : elles ont l’air blanches, mais elles se manifestent rapidement lorsque des incidents se produisent sous nos yeux. Elles ont souffert de l’islamophobie et du néocolonialisme. Elles font partie de la lutte et nos amitiés en tant que femmes de couleur sont fortes. Nous nous rapprochons, nous découvrons tant de choses les unes des autres et parfois nous le faisons sans expliquer parce que nous nous rapprochons dans cette même lutte. Bon, j’ai peut-être été trop loin dans le livre « Freedom Is a Constant Struggle: Ferguson, Palestine, and the Foundations of a Movement » de la militante Angela Davis. L’amitié est fondamentale, nous n’avons pas besoin de mener le même combat pour savoir que nous pouvons nous entraider, nous traiter d’égales à égales et être là les unes pour les autres. C’est pourquoi dire « mon amie noire » est dangereux; c’est l’instrumentalisation d’une amitié de manière à apaiser votre culpabilité blanche, la culpabilité qui découle du fait de ne pas être assez conscient des mouvements de justice sociale qui ont eu lieu bien avant la mort de George Floyd. Aussi différentes que nous soyons, mes amies sont la raison pour laquelle je suis toujours ici. Elles m’inspirent et j’espère qu’elles le savent. Nous nous sommes créé un lieu sûr, un lieu qui a donné naissance à des découvertes et à de nouvelles façons individuelles de guérir.

Je suis fille unique et mes parents ont été très actifs dans leur communauté depuis les années 1980 jusqu’à aujourd’hui. Ils m’ont bien élevée. Je n’ai dû penser qu’à moi, j’ai été exposée à l’art dès mon plus jeune âge. C’est pourquoi le Festival de jazz est mon festival préféré pour tous les souvenirs qu’il m’a apportés. Aller au centre-ville en 1995 était pour moi libérateur : l’art dans l’effervescence de Montréal est un pur brouillard. Quand j’étais adolescente, ma mère lisait Malcom X et Franz Fanon en été et me donnait des devoirs. Je détestais tellement ça, je voulais juste fumer un joint et lire des livres sur l’histoire du reggae. Mais ce ne sont pas tous les enfants noirs qui ont reçu cette éducation — je suis très reconnaissante d’avoir eu cette chance. Chaque Noël, elle ne m’achetait que des poupées noires, et comme mon anniversaire était le 1er janvier, j’avais toujours droit à un gros cadeau. J’ai été ravie quand j’ai enfin eu une poupée de Brandy. Je trouvais qu’elle me ressemblait. J’ai grandi en allant aux réunions de ma mère avec ses amis universitaires et artistes, en les regardant nous créer de l’espace et faire tomber les barrières. Certains d’entre eux ont presque sombré dans l’oubli jusqu’à aujourd’hui, c’est pourquoi j’ai publié une tonne de vidéos de la série Droit de Parole de Télé-Québec, filmée en direct en avril 2001. L’anxiété que j’éprouve lorsque j’entends Mathieu Bock-Côté provient d’une expérience d’enfance très particulière. Je suis Harry Potter et il est Voldermort. Nous avons des énergies différentes et je serai peut-être la seule à le vaincre dans un débat. Au fond, c’est quelque chose que j’aimerais faire, même au risque de perdre mon sang-froid.

J’ai vu des Noirs se battre pour notre libération commune toute ma vie. J’ai voulu honorer ces personnes qui font activement ce travail comme le sociologue Jean-Claude Icart. La même année, ma tante Martine a sorti son film Âme Noire/Black Soul et ce film m’a changée et est au cœur de toutes mes influences. En outre, le décès de Rouè-Doudou Boicel m’a totalement bouleversée. Son œuvre restera à jamais dans nos mémoires. Mon dernier souvenir de lui remonte à l’été 2019, nous avons été interviewés dans la même émission à Radio-Canada. Mon amie Marie-Ange Zibi était la recherchiste de l’émission — je n’aurais peut-être pas été invitée si une femme noire n’avait pas occupé ce poste. Marie-Ange est pour moi une personne extraordinaire et une fonceuse que j’apprécie. Quand j’ai vu Doudou, il était un peu renfrogné. Nous avons fait l’enregistrement en direct à la Place des Festivals et il était furieux que les Blancs ne reconnaissent pas le travail qu’il avait accompli en créant le premier festival de jazz de Montréal appelé Rising Sun Festijazz, deux ans avant le Festival de jazz de Montréal. Nous devons honorer nos aînés, ils font partie de notre mémoire africaine.

J’imagine que toutes ces choses m’ont permis de bien ancrer mon identité. Même si mon accent français est « trop blanc » ou « trop québécois » et que je suis sorti avec des gens d’une autre race. Je sais toujours qui je suis : je suis une noire bizarre de Montréal-Nord.

J’ai grandi en prenant le métro à l’âge de 10 ans. Je suis une enfant de la ville et probablement l’une des rares parmi mon entourage professionnel. Les gens que je côtoie ont grandi en banlieue ou en région ou dans une autre ville du monde, qu’ils soient des PANDC ou des blancs. Quand je suis revenue de Bruxelles après trois ans et une pandémie, j’étais encore accrochée à mes souvenirs d’enfance de Villeray, du Plateau-Est, de Parc Ex, d’Hochelaga et de l’Est. Surtout Villeray et Parc Ex. Je me rappelle marcher du métro Jean-Talon en passant par Henri-Julien et Jean-Talon, jusqu’au studio de danse à l’étage du Fit for Life en 2002. Les condos étaient un foyer pour personnes malentendantes. Il y avait un peu moins de yuppies au parc Jarry, c’était un des endroits les plus diversifiés, et il l’est toujours. J’ai commencé à sortir en cachette de ma mère à 15 ans dans les boîtes de nuit de Saint-Laurent. Je commence à être assez âgée pour pouvoir me qualifier de vétérante du nightlife et ça fait partie de mon expérience d’enfant de la ville de Montréal. Tous les endroits où nous avons fait nos premiers partys ferment, indépendamment de la COVID-19. Voir l’embourgeoisement progresser si rapidement en pleine pandémie a été un grand choc que je ne savais pas comment exprimer. Je me sens impuissante.

Et pourtant, comme je pouvais me déplacer à 10 ans sans frère ni sœur, mes amis étaient bien sûr très importants pour moi. L’amitié, c’est l’amour. J’ai découvert tant de façons différentes de penser avec mes amis sans me sentir privée de ma liberté d’expression. Je suis allée dans des maisons latinx, juives, maghrébines, d’Afrique de l’Ouest et d’Europe de l’Ouest. Rencontrer leur mère, goûter leur nourriture, partager et voyager. Montréal m’a donné envie de voyager aux quatre coins du monde. Ma petite île était comme un voyage autour du globe avec ma carte mensuelle de 28 $ de la STM. Je suis une fille de l’Est, je n’étais jamais vraiment allée à l’ouest de Saint-Laurent quand j’étais adolescente. Mes amis étaient mon monde et m’ont fait découvrir tellement de choses. Bien qu’enfant et même aujourd’hui, je connais encore des Blancs qui m’appelaient leur amie noire.

J’ai presque 30 ans et je suis très reconnaissante pour les quatre dernières années. Même si j’ai été rémunérée et que j’ai pu payer mon loyer, j’ai vécu beaucoup de misogynoir. À l’époque, à Montréal, j’étais très impliquée dans la scène de la « musique urbaine » appelée Rap Queb. Tant de gens m’ont inspiré à devenir l’artiste que je suis encore en train d’apprendre à devenir. Ces personnes étaient d’origines ethniques, de genre et de religion différente, mais nous étions tous, d’une manière ou d’une autre, liés spirituellement par la musique. Ils ont compris que la musique était le réceptacle d’une lutte commune. Beaucoup m’ont guidé dans cette lutte, mes parrains spirituels, mes sœurs et mes frères et tous les gens que j’ai rencontrés à cette époque. C’était une époque très particulière, c’était un moment très important de l’histoire de la musique québécoise. Je n’ai même pas 30 ans et je peux vous dire que 2007-2012 a été un âge d’or.

Il est important de se souvenir de nos aînés, de se souvenir de l’esthétique qui est née d’une lutte. Une lutte signifie notre combat commun, pas notre peine. Si vous aimez la culture noire, vous devez impérativement vous intéresser à notre lutte, ce qui signifie que vous devez faire partie du combat quotidien, car nous nous réveillons chaque jour en luttant parce que nous avons la peau plus foncée et que les préjugés des gens à notre égard sont les mêmes partout dans le monde. Les miens le savent, ils ne l’oublient pas. Je n’ai jamais perçu d’hypocrisie ou d’ambiguïté de la part des gens qui ont marqué ma route.

Rappeur Queb silencieux, Journaliste de Rap Queb silencieux. Il est important d’être des allié.e.s

Pendant de nombreuses années, les gens que j’ai côtoyés dans la sphère « urbaine » de l’industrie musicale du Québec étaient blancs et, bien souvent, ne reconnaissaient pas cette homogénéité. Pour moi, reconnaître une chose signifie être capable de l’identifier lorsqu’elle se présente sous vos yeux et participer à la lutte pour le changement. Mais bien sûr, le contenu « arrogant » que je publiais en ligne entraînait des bagarres entre les individus. « Tu ne peux pas créer de débats en ligne » et le classique « Aïsha, pourquoi tu ne crées pas ta propre plateforme pour parler de ces questions? ». J’ai perdu bon nombre de compatriotes de Rap Queb, mais je crois c’était nécessaire. Depuis quand les médias sociaux ne sont-ils pas un lieu de parole? N’avons-nous pas tous la liberté d’expression? Et si je devais créer ma propre plateforme en pleine crise économique, aurais-je facilement accès à du financement? Faudrait-il que je parle la bonne langue institutionnelle pour accéder à ces fonds? Ces fonds sont-ils destinés à des projets qui maintiennent un certain statu quo? Qui jugera si mon projet peut être financé? Les institutions me financeront-elles pendant que je construirai des projets qui ne feront que les remettre en question et les décoloniser? Des réparations seront-elles accordées à nos idées de génie noires? Et pourtant, tout ce à quoi j’ai eu droit, ce sont de nombreux « aidez-moi à vous aider ». Le travail émotionnel pour obtenir l’accès pour faire entendre notre voix est très coûteux, alors que votre accès au pouvoir de la blancheur vous permet de vous battre facilement pour vos luttes.
Philippe Néméh-Nombré a écrit « Le Hip Hop avec des gants blancs’ », une réflexion sur la dépolitisation et l’éclaircissement du hip-hop lors de son passage dans la culture de masse. Même Doudou savait que la musique noire au Québec ne nourrit pas les artistes noirs. Nous le savons tous, mais la plupart des gens pensent que nous voulons les chasser de leur trône de Musicaction, alors que nous voulons seulement y avoir accès. Si nous redéfinissons les quotas musicaux en fonction de la démographie de ce que les gens consomment dans le spectre « Pop » et « Rap », l’ajout d’artistes anglophones nés ou basés au Québec ouvrira de larges portes aux PANDC. Mais oui, je sais que votre fragilité blanche fait face au défi de maintenir la culture francophone vivante sur une terre non cédée. Oui, votre grand-père a risqué sa vie comme draveur et « les maudits Anglais » ont volé l’argent de votre famille pendant quelques générations. L’église vous a tout pris, à vous et à vos ancêtres. Je vous entends, c’est votre lutte et votre traumatisme générationnel, mais ils ne vous affectent pas de manière systémique à l’échelle mondiale. Pouvez-vous accepter tous ceux qui ont rendu votre culture aussi unique sans avoir peur de disparaître? Pouvez-vous vous défaire de votre complexe du N*gre d’Amérique? À mes yeux, c’est effacer l’histoire des peuples autochtones et noirs du Québec. Je me moque que Vallière ait sympathisé avec les Panthers, ce n’était que sa manière à lui de dire qu’il avait des amis noirs.

Rouè-Doudou Boicel (1938-2020)

Je me souviens d’un gérant de salles me disant toutes sortes de trucs, car il ne pouvait pas rester silencieux même une minute quand je parlais de Rap Queb. J’étais suffisamment énervée pour enregistrer cette conversation de 60 minutes truffée de misogynoir et de détournement cognitif. Je crois réellement que les gens toxiques de l’industrie musicale québécoise encouragent ce genre de comportement. Ils veulent nous faire taire alors que nous disons la vérité : le racisme systémique est également présent dans l’industrie culturelle du Québec et nous devons y remédier. Certains profitent de financements parce que certaines personnes sont plus agréables que d’autres et que leur équipe (principalement blanche) connaît la langue de l’institution pour avoir accès à ces financements. Quand nous disons que nous voulons que les institutions soient décolonisées, nous voulons qu’elles reconnaissent que leurs critères sont basés sur la façon dont la majorité voit les cultures marginalisées, chose qui rend impossible pour les PANDC d’assumer leur créolité. Les Montréalais vivent dans un lieu multilingue. Montréal n’est pas Montréal sans cela. Comme c’est la plus grande ville du Québec, la province ne peut pas être ce qu’elle est sans cet aspect qu’ils essaient de repousser, tandis que les voix marginalisées luttent pour avoir une voix contre les institutions. Les PANDC créatives de cette ville sont aussi talentueuses et aussi variées que n’importe où ailleurs dans le monde, aussi géniales et aussi innovantes, car nous avons toujours dû élaborer nos propres plateformes en parallèle avec ces institutions pour faire entendre notre voix dans le monde entier. Ils nous craignent tellement qu’ils ont embourgeoisé Montréal, après que nous en ayons fait un pôle de créativité.

Le féminisme intersectionnel est primordial

Tandis que le monde tentait de prendre conscience de la brutalité policière et du racisme systémique, Planète Québec et Planète France ont suivi une deuxième vague de #metoo et #balancetonporc. C’était douloureux pour les fxmmes autochtones, noires et de couleur de voir tous ces témoignages qui ressemblaient à leurs propres histoires. Le nombre de femmes autochtones et de femmes noires transgenres mortes au cours des cinq dernières années est bouleversant. Tant que nous ne protégeons pas les personnes non protégées, nul n’est vraiment égal. Je centralise les femmes transgenres noires dans mon discours politique parce que j’ai le sentiment que même Franz Fanon et certains membres du mouvement des Black Panthers font du misogynoir. Et pourtant, le féminisme blanc est le féminisme dominant sur lequel nous sommes soi-disant « toutes d’accord » pour notre 4e vague et c’est dangereux. Ne vous méprenez pas, une femme de couleur peut avoir des idées féministes blanches, mais nous en parlerons plus tard. Le féminisme blanc est au service des femmes blanches non handicapées et cisgenres de classe moyenne ou supérieure, comme Lena Dunham ou Taylor Swift, et il est beaucoup plus vivant dans une société matriarcale comme le Québec. Nous avons renforcé les privilèges des femmes blanches cisgenres alors que nous entrons dans la 4e vague du féminisme. Lorsque ces dernières acquièrent un pouvoir politique et institutionnel, elles peuvent nuire à d’autres groupes marginalisés. Nous pouvons cependant toutes souffrir du sexisme et du poids du patriarcat, mais on ne nous sert pas avec la même cuillère. Nous, femmes de couleur, avons droit à la suprématie blanche et au patriarcat pouvant provenir d’un homme et d’une femme de n’importe quel groupe ethnique.

L’identité noire est issue d’une lignée de femmes qui ont été harcelées, fétichisées et sexualisées depuis leur arrivée en Amérique; pour les femmes indigènes, c’est vrai depuis que les colons blancs sont arrivés ici. La violence sexuelle est l’un des plus anciens crimes contre l’humanité. Selon le test ADN, mon ancêtre la plus lointaine était une femme indigène qui a été violée par un homme britannique. Pendant l’esclavage, les corps des femmes noires et indigènes étaient utilisés pour engendrer d’autres esclaves et satisfaire le désir du maître raciste sur leur corps sans leur consentement. Lorsque le Brésil a aboli l’esclavage, des politiques de blanchiment ont été mises en place pour encourager l’immigration en provenance d’Europe. Le Brésil a également diabolisé les cultures africaines et indigènes et a cherché à effacer complètement le souvenir de l’esclavage, mais également chaque contribution apportée par des personnes non blanches. Le fait que François Legault revendique son ascendance autochtone en ayant une arrière-arrière-arrière-grand-mère qui était autochtone au moment de la mort de Joyce Eshaquan était la chose la plus malaisante qui soit. J’espère que chaque Canadien français sait que s’il ne parvient pas à prononcer le nom de quelqu’un, cette personne a probablement été agressée sexuellement par un colonisateur qui lui a volé ses terres. Cela fait également partie de notre effacement. Nous ne pouvons pas avoir une souveraineté féministe si elle n’est pas intersectionnelle. Vous avez trouvé ça un peu trop cru?

Et non, les femmes blanches cisgenres hétéros non handicapées ne représentent pas la diversité parce qu’elles auront toujours du pouvoir sur d’autres groupes, même si elles sont neuro-atypiques. Je comprends qu’il est essentiel que les petites et grandes entreprises leur offrent un espace de travail adéquat, mais, lorsqu’il s’agit d’engager une femme neuro-atypique, une femme blanche ne le mentionnera généralement pas durant son entretien d’embauche. Imaginez la pression et l’anxiété que ressent une PANDC neuro-atypique lors de ce genre de rencontre. La plupart d’entre nous savent qu’il est déjà difficile de décrocher un premier entretien, même si nous sommes qualifiées. Les préjugés des gens jouent toujours un rôle dans la plupart de leurs décisions; une femme blanche bénéficiera tout de même de son privilège blanc. Et pouvoir passer pour un hétéro est tout aussi important. Le résultat est une version blanchie et hétérogénisée de la diversité recherchée par les institutions qui désirent plus de fonds d’investissement pour la diversité. Les préjugés des gens ne sont pas morts avec un genou sur le cou de George Floyd pendant 8 minutes 46 secondes.

Colorisme : Les médias québécois sont-ils prêts à avoir cette conversation?

J’ai beaucoup de tantes et de cousins qui ressemblent à Rosie Perez. Ma mère est originaire du sud d’Haïti, aux Cayes est très connue pour la grimelle, la mûlatresse. Historiquement, les mulâtres haïtiens ont été méprisés par les Noirs et les Blancs, et utilisés par les uns et les autres quand cela leur convenait le mieux. Les Noirs les considéraient comme ni meilleurs ni pires que leurs ancêtres français non mélangés. En effet, de nombreux mulâtres se sont alignés et se sont identifiés aux Français au pouvoir et à leur culture. Ils étaient considérés non seulement comme une classe à part entière, mais ils étaient également libres, très instruits et riches. Faisant partie de leur époque, de nombreux mulâtres haïtiens étaient également des esclavagistes et participaient souvent activement à l’oppression de la majorité noire. En Haïti, les mulâtres possédaient initialement une certaine égalité juridique, ce qui leur procurait de nombreux avantages, notamment en matière d’héritage. Au XVIIIe siècle, les Européens craignant les révoltes d’esclaves avaient restreint leurs droits, mais ceux-ci ont été récupérés avec succès en 1791 « .

Mon ADN est composé à 80 % d’Africains de l’Ouest, à 15 % d’Européens et à 5 % d’un mélange de populations du Moyen-Orient et autochtones. On sait d’où ça vient et ce n’est pas jojo (le colonialisme! L’esclavage!). Le frère de mon grand-père paternel est un homme noir à la peau claire et aux yeux verts. Mon arrière-grand-mère est une reine créole aux traits blancs. La famille de ma mère est afroLatinx d’Haïti et de Cuba. Les noirs se déclinent en de nombreuses nuances, les noirs se déclinent en de nombreuses formes. Il n’y a pas de directive sur la façon d’être noir; vous l’êtes, c’est tout. Et je ne prétends pas être cubaine ou moyen-orientale, autochtone ou européenne, même si cela fait partie de l’histoire de mon ADN. Je suis Noire de chez Noire. Je suis afrocanadienne, afroquébécoise, afrolatinx. Je suis Noire. Et il n’y a aucune ambiguïté à ce sujet, mais j’ai certainement des privilèges par rapport à une femme à la peau plus foncée. Mon teint n’est ni trop foncé ni trop clair; j’occupe une zone médiane où ma noirceur reste acceptable. Particulièrement en Europe. Être une personne caribéenne vivant en Belgique m’a amenée à me poser des questions sur le colorisme. Je n’avais pas la peau trop foncée et je n’étais pas africaine pour certaines personnes qui s’identifient comme noires ou non. J’étais exotique par rapport au « vrai Noir », les personnes afrodiasporiques des Amériques étant « moins africaines » compte tenu du mélange de tribus africaines, d’indigènes et de viols perpétrés par des colons blancs. Ma peau noire devenue exotique parmi celles d’autres Noirs parce que l’atrocité de la perte de notre lien direct avec l’Afrique nous a rapprochés de la blancheur et de ses privilèges : nationalité, classe, monnaie occidentale.

En 2017, je suis partie vivre en Belgique et y a découvert beaucoup de choses nouvelles. Je n’ai jamais entendu le terme « quarteron », qui décrit une personne noire pouvant passer pour un blanc. L’effet de la colonisation belge sur les Congolais se fait encore sentir aujourd’hui. Beaucoup revendiquent leur identité noire de par leurs grands-parents, dont mon meilleur ami. Lorsque nous avons eu une conversation sur la race, j’ai compris que l’identité noire est une question de gènes, mais également de culture.
Lorsqu’il est question de personnes mixtes qui ont des traits plus proches de ceux des Européens, on dit qu’elles passent pour des blanches. Certains des quarterons ont des traits « noirs », mais la plupart d’entre eux ont l’air blancs, ce qui leur confère une certaine ambiguïté ethnique plus proche des privilèges de la blancheur. Si leurs parents leur ont inculqué une connaissance de la culture noire, ils semblent reconnaître davantage leur privilège de quateron. Nos traumas font de nous qui nous sommes, de nombreux psychiatres disent que c’est dans notre ADN. Il arrive qu’une personne mixte, qu’elle puisse passer pour blanche ou non, nie sa noirceur parce que c’est sa façon de survivre en étant considérée comme l’Autre, même chez elle. Elle la nie à un point tel qu’elle développe des préjugés raciaux. C’est ce que nous appelons le colorisme. J’ai le sentiment que le colorisme va dans les deux sens. En disant « je préfère un partenaire à la peau plus foncée », on souligne que la peau foncée est liée à la force et à la masculinité, ce qui n’est pas le cas. En outre, en disant « Je préfère un partenaire à la peau claire », on commet également un impair parce que les personnes à la peau claire ont été le fétiche de tous les groupes ethniques autant qu’elles ont été rejetées de tous parce qu’elles étaient à la fois blanches et noires. Le colorisme trouve ses racines dans la suprématie blanche. Des phrases comme « plus c’est clair, mieux c’est » ont toujours créé des ségrégations au sein de notre communauté parce que nous croyons encore devoir nous montrer à la hauteur de ces normes de suprématie blanche et nous devons nous décoloniser. Le texturisme est tout aussi réel. Ce n’est pas parce que vous appuyer le mouvement des cheveux au naturel que vous n’êtes pas coupable de texturisme. D’après Natural Hair Mag, le texturisme promeut l’idée que certains types de cheveux naturels sont plus désirables ou plus beaux que d’autres. Lorsque les médias présentent le port du cheveu au naturel, il s’agit toujours de cheveux de type 3, comme indiqué ci-dessus, par opposition aux cheveux de type 4C. Allez voir sur Google, parce que c’est la chose la plus noire qui soit.

Le colorisme est présent dans l’industrie médiatique québécoise et les Blancs ne savent même pas ce que c’est. Il fonctionne bien pour les idées suprémacistes des Blancs lorsqu’elles maintiennent le statu quo. Nous préservons l’idée qu’il existe une « personne noire parfaite », un individu qui parle avec un accent canadien-français parfait, qui a toujours eu d’excellentes notes et qui n’a pas grandi dans la « grande ville » de Montréal. Il ne se prononcera jamais contre les institutions, car il est un « bon Noir ». La version québécoise « de l’excellence noire » n’est qu’une mouture blanchie et minorée de la véritable excellence noire au Québec. Elle est également ancrée dans les idées capitalistes voulant qu’un Noir n’ait jamais droit à sa place s’il n’est pas le meilleur des meilleurs. Même les Noirs les plus brillants qui travaillent dans les médias n’ont pas de postes qui soulignent la richesse de leur talent et de leur intelligence. Pourquoi n’avons-nous pas plus de producteurs noirs? Ils n’ont toujours pas de position de pouvoir, même s’ils sont les meilleurs. Les institutions continuent de les utiliser comme des « Noirs d’honneur ». J’ai toujours admiré le travail des journalistes noirs au Québec. Tous sont au sommet de leur art et la plupart d’entre eux ont été des modèles pour moi quand j’étais enfant. Je savais qu’une telle réussite était possible en les regardant. Je suis reconnaissante d’avoir été élevée de manière à connaître ces sujets, en sachant que la société et les gens aiment créer une concurrence entre les femmes, en particulier les femmes noires. Il est impensable d’en avoir cinq à la même table, il en suffit une seule selon les normes du blanchiment culturel. Une Noire à la peau foncée, bizarre et queer? C’est rêver en couleur.

Je pense que les gens ne sont pas prêts à parler du colorisme parce que beaucoup d’entre nous en ont été traumatisés quand nous étions plus jeunes. Personnellement, je l’ai été. C’est la clé pour nous séparer en tant que peuple en s’assurant que la division existe au sein de notre groupe. N’est-ce pas ce qu’on dit tous les jours à propos de la gauche? Nous sommes divisés par nos propres préjugés? Les Blancs doivent reconnaître leur position face au colorisme ou à ce qu’ils aiment appeler les crimes « noir contre noir » et le « racisme au sein de votre propre communauté ».

Dynamique de travail, travail coopératif

Au cours de mes dix années de travail dans l’industrie créative à Montréal et à Bruxelles et de collaborations avec une multitude de gens, j’ai rencontré des organisateurs communautaires et des personnes qui ont créé des structures coopératives indépendantes ayant pour but de lutter contre toutes sortes d’inégalités en faisant avancer des dynamiques de travail sûres et fructueuses pour les PNADC. C’est possible : ces individus ont entrepris ce travail de manière indépendante au cours des cinq dernières décennies. Que ce soit dans le monde de la création ou dans le développement communautaire de base.

J’ai toujours vu certains collègues normaliser des environnements toxiques au nom de la « bonne production ». Par conséquent, d’autres collègues développent une hygiène de santé mentale toxique et n’ont pas la possibilité de se développer en dehors de ce spectre de productivité et de performance. Ce climat justifie les frictions entre collègues lorsque nous travaillons tous sous pression pour des clients. Il est normal de connaître un épuisement professionnel en travaillant dans ce domaine. La différence est que nous en sommes arrivés à normaliser les blagues sexistes, racistes, homophobes et transphobes, même lors d’une première rencontre avec un nouveau collaborateur. J’ai déjà entendu un cadre terminer un séminaire sur la diversité et l’inclusion et dire en plaisantant à 50 personnes : « Ah, j’peux pas dire leur nom de famille, c’est bien trop difficile. Trouvez donc des noms moins compliqués! »

Aujourd’hui, les personnes marginalisées remettent en question le statu quo en demandant à chacun d’arrêter ses conneries et de mettre les roues du changement en marche. Toutes ces formations sur la diversité dans les départements des ressources humaines vont parfois dans la mauvaise direction, à savoir lorsque les Blancs utilisent l’intersectionnalité comme un outil leur permettant d’être considérés comme membres de la « diversité ».

Ce sont souvent des personnes d’origine européenne qui se considèrent comme des PANDC et c’est nuisible, car nous ne pouvons pas avoir accès à ces programmes de diversité ou créer un lieu sûr pour le changement si la plupart des PANDC sont des Latinxs blancs par exemple. Au Québec, nous avons tendance à traiter les personnes ayant un accent différent ou un nom de famille qui ne sonne pas français ou anglais comme s’ils étaient autres. Bien qu’être latinx ne signifie pas ne pas être blanc, de nombreux latinx d’origine européenne sont au cœur de l’oppression des Noirs et des indigènes en Amérique latine. Après tout, je suis Afro-Latinx et j’ai vécu cette oppression en Colombie et au Brésil au cours des six dernières années. En exprimant mon identité afrolatinx, certains pensent que je revendique la blancheur de mon identité latinx; la société vous a lavé le cerveau pour vous faire croire que les Shakira, J.Lo et Daddy Yankee représentent ce à quoi doit ressembler une personne latinx typique. Le fait est que nous éclaircissons les identités latinx depuis toujours. L’Amérique latine est noire et indigène. Nous, les Haïtiens, avons libéré cinq pays d’Amérique latine après que nous soyons devenus la première République noire. Culturellement, géographiquement, voilà qui nous sommes.

L’expression minorité visible m’a toujours déplu, car je me retrouvais la seule personne visiblement différente dans un groupe. Lorsque je dis « une proximité à la blancheur », je veux dire : quand vous traversez la rue et que vous vous promenez, et que les gens ne peuvent pas vraiment vous cibler comme une personne venant « d’ailleurs » ou vous traiter comme un étranger clandestin. Vous pouvez être latinx, moyen-oriental, juif ou mixte et avoir des traits européens. Si la police vous voit, elle ne sait pas que vous n’êtes pas « blanc » jusqu’à ce que vous lui montriez une pièce d’identité ou que vous commenciez à parler. Si vous êtes une personne blanche handicapée, on vous considère comme une minorité visible en raison de la non-ambiguïté concernant votre différence par rapport à ce que la société définit comme une personne valide. On peut constater les différences lors de leurs déplacements, mais ils bénéficient toujours de privilèges par rapport à une personne noire handicapée. Cela ne fait pas disparaître leurs préjugés raciaux et ceux de la société.

Le rôle de l’institution

Si je m’exprime ainsi avec toute l’énergie que j’ai, en plein bouleversement mondial sachant que nous avons tous eu la même année de merde, c’est parce que nous avons sérieusement besoin de pousser les institutions à changer leurs critères. Nous devons nous efforcer d’avoir un réalisateur, un scénariste, un producteur et un animateur qui non seulement font partie d’une « minorité visible », mais comprennent également les études qui ont été faites auparavant et les complexités actuelles inhérentes aux personnes de race noire au Canada. Nous le crions depuis des décennies maintenant, mais ces demandes ne sont pas encore satisfaites en raison du blanchiment des termes minorité visible et diversité.

Est-ce que certains lecteurs noirs se sont déjà fait dire par des Juifs qu’ils « comprennent votre combat » et qu’ils ont vécu la même chose ? Il est difficile pour moi de pouvoir digérer ce genre de propos et voici pourquoi. Je sais que le peuple juif a subi un génocide et je suis contre toute forme d’antisémitisme. Je considère qu’il existe une distinction lorsqu’un groupe obtient des réparations et des terres d’institutions, de gouvernements, de compagnies et qu’ils rendent ambiguë leur proximité à la Blancheur. En tant que personne noire, je ne peux pas cacher ma noirceur derrière un autre nom de famille ou un autre accent. Je suis visible et certains cadres québécois ne sont pas prêts à changer le statu quo.

La maladie épidémique de l’allié performatif

Le problème est un problème québécois. Se présenter à une manifestation sans jamais avoir reconnu ou remis en question le racisme systémique ne changera la condition de personne. Par ailleurs, produire une couverture de magazine ou une émission de télévision avec un BIPOC ne changera rien non plus.

L’impulsion principale vient surtout de la culpabilité. C’est le résultat du traumatisme générationnel subi dans la société québécoise. La culpabilité judéo-chrétienne provoquait chez vos ancêtres un sentiment constant de culpabilité pour chacun de leurs actes. Cette culpabilité est devenue votre propre torture et l’arme qui torture les autres. La guérison de cette culpabilité ne prend pas trois mois. Il faut de nombreuses années pour qu’elle prenne pleinement effet. Si c’est vraiment un marathon, pourquoi a-t-il été si difficile de se réquisitionner? Ça nécessite un changement de niveau spirituel important pour changer ces préjugés, une révolution intérieure, une autoréflexion. Je ne dis pas que je suis parfaite et que je n’ai pas de préjugés, je reconnais d’ailleurs mes préjugés envers les personnes handicapées. Je ne suis pas aussi engagée et transparente que je le devrais. Je l’admets et j’essaie de faire des examens de conscience. Je ne mettrai pas tout le poids de mon travail intérieur à ce sujet sur la santé mentale d’une personne vivant avec un handicap.

Même si vous avez « écouté » et « réfléchi » au sujet du racisme systémique… votre culpabilité sera toujours entre nous, moi et mon combat. Et je ne peux pas mettre ma lutte de côté pour accommoder votre culpabilité. Je ne peux pas mettre de côté un combat qui a été mené depuis 400 ans. Je suis les rêves les plus fous de mes ancêtres. Je ne veux pas qu’un directeur de chaîne me dise : « dans 20 ans, ma chérie. Il faut être patiente, votre génération vous êtes impatients. »

Vous positionner comme allié d’une manière performative vous permet de faire des erreurs et de projeter votre culpabilité sous forme de travail émotionnel sur vos collègues, amis, voisins, beaux-parents, enfants ou partenaires noirs. La culpabilité des Blancs est toujours accompagnée de larmes blanches. Nous devons vous dire que vous êtes le meilleur allié et que vous avez accompli BEAUCOUP de choses en si peu de temps et nous avons besoin d’autres précieux petits Blancs comme vous — bref, d’entretenir la fragilité blanche en maintenant le statu quo conformément à la suprématie des Blancs. Concrètement, beaucoup ont peur de perdre leur place pour avoir été traités de racistes à cause de la culpabilité qu’ils ressentent pour des trucs racistes qu’ils ont probablement faits il y a un an à l’épicerie, au jardin d’enfants, envers leur chauffeur de taxi, leur partenaire ou leur belle-famille.

La vulnérabilité et la responsabilité ne font pas partie de la culture des ressources humaines du gringo corpo. Surtout lorsqu’il s’agit de travailleurs indépendants. Il n’y a pas de syndicat qui nous protège, pas d’assurance pour défrayer la thérapie. Et pourtant, nous devons toujours maintenir une cohérence en matière de rendement afin d’obtenir plus de contrats. C’est épuisant, et ce n’est pas parce que ma génération devient paresseuse. C’est la notion capitaliste selon laquelle il faut être le meilleur, il faut produire tout le temps pour pouvoir gagner de l’argent. Les préjugés des gens font que les personnes noires doivent travailler trois fois plus fort que leurs homologues blancs. Nous avons été élevés pour le faire : tous les Noirs ont eu droit à cette même rengaine, elle fait partie de notre traumatisme. Cédons-nous à ce préjugé en raison de la réalité concrète que nous devrons travailler plus fort parce que nous n’aurons jamais les mêmes chances?

C’est une sorte de Cirque du Soleil, avec les acrobaties élaborées qu’utilisent les journalistes locaux pour diminuer nos expériences et la façon dont nous voulons que nos histoires soient racontées. S’il existe des institutions qui, dans le contexte du racisme systémique, maintiennent le plus le statu quo, c’est bien le monde universitaire et les médias. Nous avons besoin de réalisateurs, de producteurs, de directeurs de chaîne, de jurys de subventions et de bureaucrates qui sont des PNADC et qui n’ont pas subi un blanchiment culturel sur ce que devrait être l’excellence noire. Ils doivent être prêts à se battre jour après jour tout en connaissant les risques qui se présentent, ils doivent vouloir faire entendre les voix les plus marginalisées et soulever la prochaine génération.

Et une fois de plus, au dépit de la santé mentale d’une femme noire, nous créerons quelque chose à peine différent parce que beaucoup veulent maintenir le statu quo afin de continuer à accéder au capital – et oui, payer leurs hypothèques. Tout le monde a des factures. Mais le travail émotionnel ne peut pas être remboursé en espèces. C’est aussi le coût de la guérison que nous faisons tous.

Alors oui. C’est moi la milléniale féministe afrolatinx haïtienne en colère dont vous avez peur sur votre fil d’actualité, votre télévision, votre radio, mais jamais dans la rue. La rue me connaît, nous sommes la rue.

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