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Tranna Wintour en conversation Awwful, artiste aux multiples talents

Écrit par

Tranna Wintour
septembre 17th, 2020

Si Britney Spears et Marilyn Manson avaient un enfant, iel serait Awwful, un/e des artistes les plus brillants et polyvalents de Montréal.

Awwful est un/e musicien/ne, producteur/trice, artiste de scène, producteur/trice d’événements et DJ. Connu/e dans le milieu de la vie nocturne queer underground grâce aux soirées de danse Unikorn qu’iel co-organise, Awwful est sur le point de faire une percée grand public avec son fantastique nouvel album Affection. Reprenant là où l’album électro effervescent Human, sorti en 2017, s’est arrêté, Affection est une odyssée pop audacieuse et émotionnellement évocatrice. Écouter l’album donne l’impression d’explorer un paysage sonore rempli de synthétiseurs sombres et de bips et blips édifiants qui vous donnent l’impression de voler. C’est magique, tout comme l’artiste derrière l’œuvre. Awwful est à ne pas manquer. J’ai eu la chance de parler musique avec iel et j’espère que cette conversation vous convaincra d’aller immédiatement sur Spotify et d’écouter sa musique!

Votre nouvel album intitulé Affection m’obsède. Je vois une jolie coïncidence dans le fait que le titre de mon album à moi contient également le mot « affection ». Pourquoi avez-vous appelé votre album ainsi? Qu’est-ce que l’affection représente à vos yeux?

Merci! Vous savez, je trouve intéressant que votre album soit intitulé Safe From Your Affection et que l’idée que l’affection est une chose dont on doit se protéger soit un thème central de mon album. J’ai été blessé/e par des actes d’affection, surtout parce que je les prends souvent pour des actes de passion ou d’amour et cet album tourne largement autour de cela. L’affection est une chose en soi, et elle est dangereuse parce qu’elle ressemble beaucoup à de l’amour, mais n’est souvent que l’expression spasmodique d’une autre chose.

Vous avez créé avec cet album un univers musical unique qui vous est nettement propre. Corrigez-moi si je me trompe, mais vous avez écrit toutes les chansons, vous faites toutes les voix, vous avez fait toutes les pistes musicales, vous assurez la production et le mixage, et vous avez conçu l’album tout/e seul/e. C’est ÉPOUSTOUFLANT. Ça représente une quantité de travail énorme, et je me demandais si vous pouviez nous parler de votre processus d’enregistrement. Enregistrez-vous tout à la maison? Travaillez-vous dans un studio?

Oui, j’écris, j’enregistre, je produis et je mixe dans mon appartement, avant de tout diffuser moi-même. Je ne peux pas vraiment dire que j’ai un studio à la maison, car je travaille surtout sur mon lit avec un bazar d’équipement tout autour. Je ne vous dis pas le nombre de fois où j’ai dû enlever les miaulements de mon chat d’un enregistrement. Je suis autodidacte à tous égards, donc mon approche est probablement peu conventionnelle; je peaufine et j’explore jusqu’à ce que ça sonne bien. Beaucoup d’essais et d’erreurs et j’ai dû faire confiance à mon oreille. La seule chanson de mon album que je n’ai pas écrite est Blue Light, une reprise de Mazzy Star.

Quels sont les défis à relever lorsque vous faites toutes ces choses vous-même ?

Le fait que je gère chaque étape moi-même signifie que je dois généralement écouter mes propres morceaux de nombreuses fois avant qu’ils ne soient terminés, de sorte qu’il est facile pour moi de me lasser de mes propres compositions avant leur sortie ou de perdre toute objectivité. Je suis un peu perfectionniste et être autodidacte peut me faire douter de moi-même lorsque je bloque sur quelque chose, ce qui n’est ni agréable ni productif.

Combien de temps vous faut-il pour terminer une chanson?

Tout dépend de la chanson. Quelques-unes jaillissent de moi de manière spontanée, alors que d’autres se sont développées à partir de mélodies ou d’idées qui circulent dans ma tête ou sur mon disque dur depuis des années. Il m’arrive parfois d’être coincé/e pendant des mois sur le mixage d’une chanson et d’autres fois, la démo finit par être la version finale.

Si l’on considère à quel point l’album est personnel, si l’on considère que vous avez fait tout le travail, étiez-vous nerveux/se de le lancer? Comment gérez-vous les réactions des gens à vos œuvres?

C’est certain qu’on ressent toujours un certain degré de nervosité quand on sort de la musique qui est si personnelle, mais je considère que la vulnérabilité est essentielle pour établir un lien réel avec des personnes et je fais l’effort d’y penser quand j’ai le réflexe de vouloir me cacher ou me retenir. Tant que je crois en l’honnêteté de ce que je crée, je ne suis jamais très nerveux/se par rapport à la manière dont mon travail est reçu. Je l’accepte simplement comme ma vérité et j’espère que le public y trouvera son compte.

Qui sont vos inspirations musicales?

Bonne question. J’ai grandi en écoutant les divas de la pop, l’eurodance, la musique goth industrielle et la new wave. Mes inspirations sont éclectiques. J’aime autant Britney que Nine Inch Nails. Je vois Mariah comme un génie de la même trempe que Bowie. J’écoute Kraftwerk et Carly Rae Jepsen chaque jour. Le premier album d’Aqua déchire. Mon nom est inspiré par une chanson de Hole. J’aime beaucoup les artistes contemporains qui repoussent les limites de la musique électronique comme Arca et SOPHIE. Beaucoup de choses m’inspirent.

L’une de mes choses préférées que vous n’ayez jamais faites est votre reprise électro de la chanson Believe de Cher. Qu’est-ce que vous avez canalisé dans cette chanson? Qu’avez-vous entendu dans l’original que vous vouliez mettre en avant dans votre reprise?

Merci! Une fois, je me sentais comme une merde et je pleurais en écoutant des ballades de Cher des années 70 comme il se doit et la mode de lecture aléatoire est passée à Believe. C’est à ce moment que j’ai compris sa tristesse totale et absolue. D’un coup, le puissant pont répétitif de « I DON’T NEED YOU ANYMORE » (je n’ai plus besoin de toi) sonnait plus comme si elle essayait désespérément de se convaincre qu’elle était passée à autre chose plutôt que d’énoncer un fait. Quand on réalise que le refrain explique qu’elle sent quelque chose en elle lui dire qu’elle n’est simplement pas assez, ce gros succès de club donne moins dans l’autonomisation et plus dans la défaite émotionnelle. J’ai voulu révéler cette dimension en donnant à la chanson un arrangement plus doux. J’ai été trop difficile et j’ai enlevé ma version de mes médias sociaux, mais je vous promets que je travaille sur un nouveau mix.

Pourquoi aimez-vous autant Cher?

Où commencer? Elle est une légende vivante, sa voix est unique, expressive, puissante et bouleversante. Elle est une icône de mode, une actrice oscarisée, LA pionnière de l’autotune et une alliée et une militante farouche avec le meilleur compte Twitter sur Internet. Sa carrière s’étend sur près de sept décennies et, à l’âge de 74 ans, elle fait des reprises d’ABBA divines pour les gais et fait le tour du monde, tout en restant humble et authentique. Quoi demander de plus?

Vous rappelez-vous de la première chanson que vous avez écrite? Quand avez-vous su que vous vouliez faire de la musique?

La musique a toujours été ma chose préférée. Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu faire de la musique et me produire sur scène, même si en grandissant je n’ai jamais suivi de cours et je n’ai jamais eu accès à des instruments. J’ai commencé à jouer avec GarageBand à l’université et à publier des démos plutôt rudimentaires sur Tumblr au lieu de faire mes devoirs de physique, et c’est finalement devenu mon intérêt principal. J’ai quitté l’école et j’ai eu plein d’emplois merdiques afin d’économiser pour acheter de l’équipement. J’ai passé beaucoup de temps à expérimenter avec des logiciels et à apprendre à jouer aux touches. Je ne sais plus trop quelle était ma première chanson, mais je peux vous assurer qu’elle était nulle.

En plus de faire de la musique et du DJing, vous coorganisez et coproduisez les Unikorn Parties, un élément essentiel de la vie nocturne queer du Montréal d’avant. Pouvez-vous nous expliquer comment Unikorn a vu le jour et en définir les motivations?

En 2015, mon ami Jeffrey et moi avons appris comment être DJ et nous avons lancé une soirée à NDQ nommée Glitter Bomb. Au départ, nous l’avons vendue comme une soirée de synthwave queer. Nous avons rapidement gagné des adeptes et j’ai commencé à jouer un peu de Britney ici et là, et avant même de nous en rendre compte, nous avions une colossale soirée queer pop sur les bras. Lorsque nous avons déménagé au bar Le Ritz PDB pour gagner davantage d’espace, la scène nous a permis d’engager des artistes de drag et je me suis rapidement ancré/e dans la culture et la communauté et je suis devenue très proche d’un petit groupe de gens queer qui partageaient la même optique et qui rêvaient d’une soirée plus centrée sur le drag. Ensemble, nous avons mijoté Unikorn à La Sala Rossa. Unikorn était et est toujours destiné à tous les jeunes queer qui ont cherché un espace sûr pour s’habiller, brouiller les genres, s’amuser et être entourés d’une communauté d’autres marginaux et d’énergumènes queer. Unikorn offre également une scène mensuelle aux artistes de scène et de drag alternatifs et marginalisés qui n’ont peut-être pas autant de visibilité ailleurs dans la ville. C’est un party pour la communauté, par la communauté, et c’est probablement ma plus grande fierté, avec Glitter Bomb. J’ai vu de nombreux artistes s’épanouir lors de ces partys et ils m’ont donné le privilège de rencontrer et de travailler avec tellement de personnes queer talentueuses.

Je pense tous les créatures du nightlife ont eu une expérience particulière face à la distanciation sociale. Nos vies et la manière dont on gagne nos vies sont intrinsèques à la proximité des autres, au partage de divers espaces. Nous avons perdu ça. Comment avez-vous géré cette période de séparation? Y a-t-il un aspect de la distanciation sociale que vous avez réellement apprécié?

Il est vrai que ça a été dur. Je n’avais pas conscience de la place qu’occupe mon travail du nightlife dans mon estime de soi, si bien que le fait que cet aspect de ma vie se dissolve pratiquement du jour au lendemain a été une réalité difficile à affronter. En même temps, j’avais vraiment besoin d’une pause pour ma santé mentale, car il y avait d’autres choses qui se passaient dans ma vie personnelle que je ne prenais pas le temps de confronter. J’aurais préféré le faire à ma façon plutôt que d’y être forcé/e, mais à dire vrai je ne crois pas que je me serais permis une véritable pause en toute autre circonstance. Une chose que j’ai appréciée de la distanciation sociale est d’avoir le temps d’écouter les centaines de disques et de cassettes qui étaient empilées dans mon appartement et de regarder des films que je voulais voir depuis longtemps. L’isolement n’a pas été une très bonne muse créative — je ne peux pas dire que j’ai bossé sur un chef d’œuvre de quarantaine — mais j’ai eu l’occasion de m’imprégner de beaucoup d’art et d’accumuler de nouvelles inspirations, ce qui a été agréable.

Comment voyez-vous l’avenir du nightlife?

Je ne sais pas à quoi ressemble l’avenir, je ne pense pas que quiconque le sache pour le moment, mais j’espère qu’on arrivera à revivre, aussi librement qu’avant, le sentiment d’unité et d’euphorie qu’on ressent dans une foule de personnes queer en sueur et recouvertes de paillettes. Je ne peux pas exprimer à quel point cette énergie a été vitale pour moi, mes amis et la communauté de gens qui viennent chaque mois aux soirées. Les fêtes virtuelles sur Zoom ont été des bouche-trous rigolos, mais ils me paraissent déjà un peu dystopiques. Je vois mal l’avenir de la vie nocturne exister principalement en ligne.

Sur quoi travaillerez-vous ensuite?

C’est la grande question. Davantage de musique, c’est certain; j’écris, je produis et j’expérimente constamment, mais je n’ai pas de projet précis pour le moment. Ça se résume à une soupe primitive de fichiers. wav sur mon disque dur et des gribouillis dans mon calepin. J’ai lancé Affection au mois d’avril, mais de manière virtuelle seulement en raison de la pandémie. J’aimerais éventuellement réaliser un clip pour une des chansons et remonter sur scène pour un spectacle. En ce qui concerne les partys, tout est sur pause, mais c’est évidemment hors de mon contrôle. Je me sens particulièrement créatif/ve en ce moment, alors je me laisse porter par l’inspiration. J’ai hâte de voir ce qui me viendra en tête ensuite.

Vous pourrez trouver la musique d’Awwful en ligne sur awwful.bandcamp.com et toutes les principales plateformes de diffusion en continu. Suivez également Awwwful sur Instragram @awwful.

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